Aux fruits de la colline : Vivre du fruit de son travail

par Étienne Gosselin

Dans un décor idyllique avec vue sur la vallée de la rivière Chaudière, Justine Breton et Jean-François Dion produisent des fruits et des légumes en réalisant leur rêve : vivre de la terre et prendre des décisions au quotidien, comme de vrais entrepreneurs.

Ça s’appelle Aux Fruits de la Colline. Tout a commencé par la culture de fraises et de framboises, en 2011, mais bien vite, l’entreprise s’est diversifiée avec des légumes de champ et de serre ainsi que des produits transformés, dont des tartes qui valent une sortie agrotouristique en Chaudière-Appalaches. Si l’on inclut les champs semés d’engrais verts, le couple (formé d’un agronome et d’une agroéconomiste) a mis en culture tout le lot qu’il a acheté à Sainte-Marie, une étroite bande de terre de deux kilomètres de long qui relie la route du Président-Kennedy à l’autoroute 73.

Originaire de Saint-Paul-d’Abbotsford, où il a travaillé dans une grande ferme maraîchère depuis son enfance, Jean-François fondait l’espoir de se joindre à cette entreprise après ses études universitaires. Si le projet d’association a avorté, son désir entrepreneurial est demeuré intact. Native d’une ferme de Saint-Bernard, en Beauce, Justine a toujours eu l’agriculture – et son coin de pays – dans le sang. C’était donc un mal pour un bien de revenir dans sa région pour fonder une ferme au goût de l’un et de l’autre.

Axée sur l’autocueillette, l’entreprise offre également ses produits à son kiosque. Les ventes en gros et à la coopérative Le PRÉ (pour Producteurs et Restaurateurs Écoresponsables), qui approvisionne des restaurants huppés de la capitale, complètent la mise en marché. « Nous ne sommes jamais découragés, sauf quand la météo affecte l’achalandage à l’autocueillette, car nos charges demeurent les mêmes, alors que notre potentiel de vente diminue fortement », explique Justine, qui attirera plus d’autocueilleurs en 2018 par de la publicité ciblée dans Facebook, des bons de réduction en ligne (SMSrabais) et de la publicité locale à la radio. La participation aux Rendez-vous gourmands de la Nouvelle-Beauce, évènements ambulants qui se déplacent d’entreprise en entreprise, permet aussi aux producteurs de se faire connaître de ceux qui ignorent l’existence de leur ferme maraîchère.

En plus de la promotion, Justine a hérité de la comptabilité et de la gestion. La main-d’œuvre et les intrants sont comptabilisés par production, ce qui permet de calculer un coût pour chaque produit, de connaître les secteurs les plus payants de l’entreprise et de fixer les prix en conséquence, tout en demeurant concurrentiel.

En 2018, l’entreprise cultivera des fraises primeurs au moyen de bâches flottantes, un investissement de 8000 $. Elle s’essayera aussi à la culture des pommes de terre et des carottes. Celles-ci, cultivées dans des sols passablement rocheux, devraient échouer en partie sur l’étal des fruits et légumes moches (no 2) du kiosque, qui a des adeptes parmi la clientèle. « Tous les ans, nous essayons de nouvelles cultures pour satisfaire nos clients et rester à leur écoute », explique Jean-François.

L’entreprise vise un chiffre d’affaires annuel de 200 000 $ d’ici 2020. C’est avec l’augmentation des revenus qu’elle a pu embaucher un premier travailleur étranger et s’en offrira peut-être un deuxième. Car de la fin avril à la mi-octobre, c’est du sept jours sur sept pour Justine et Jean-François. Mais ce n’est rien pour arrêter ceux qui ont choisi de vivre du fruit – et du légume – de leur travail!

Portrait de Étienne Gosselin

QUI EST ÉTIENNE GOSSELIN
Étienne collabore au Coopérateur depuis 2007. Agronome et détenteur d’une maîtrise en économie rurale, il œuvre comme pigiste dans la presse écrite et électronique. Il habite Stanbridge East, dans les Cantons-de-l’Est.

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