Retraite : Boucler la boucle

par Céline Normandin

DOSSIER DESTINATION : RÉPUBLIQUE DE LA RETRAITE

Lire les autres reportages du dossier
Visionnez les photos 

Peut-on vraiment partir à la retraite quand on a travaillé toute sa vie à bâtir une entreprise? Tout à fait. Mais tout dépend de ce que l’on veut dire par retraite! Ghislain Cloutier, producteur avicole de 63 ans, se considère plutôt comme en semi-retraite.

Boucler la boucle

L’agriculteur de St-Jean-Chrysostome déborde d’énergie et de projets. Il devait le jour même de l’entrevue revoir les plans du nouveau poulailler, qui sera construit l’an prochain, et il se préparait tranquillement à partir pour deux semaines en Bolivie et en Colombie. Ghislain demeure partiellement propriétaire de l’entreprise familiale, mais n’a plus aucune responsabilité dans cette dernière. Dans les faits, son fils Jacques a pris les rênes depuis plusieurs années.

Pour Ghislain, la retraite concerne surtout son engagement social et agricole. Il a quitté sa fonction de premier vice-président à La Coop fédérée après 13 ans au conseil exécutif; et pendant plus de 30 ans, il avait assumé divers postes, dont celui de président de la Fédération des producteurs d’œufs du Québec. Quelques mois après son départ, il ne regrette pas sa décision et se montre tout à fait serein. L’adaptation à son nouveau mode de vie demande toutefois du travail. Il doit faire des efforts pour rester dans le moment présent et profiter pleinement de tout ce temps maintenant disponible. « On a eu une réunion de famille dimanche dernier, et c’est la première fois que je ne pensais pas à autre chose en même temps, dit-il. Avant, je serais disparu pendant une heure ou deux pour m’occuper de mes dossiers. »

Ghislain considère que, dans le transfert de l’entreprise, son rôle a évolué : de propriétaire à part entière, il se voit davantage aujourd’hui comme un mentor auprès de son fils. Il a la chance de compter sur une relève qui dispose d’un solide bagage, puisque son fils Jacques possède un diplôme en agronomie et un MBA, en plus d’une expérience de gestion en coopérative. Depuis la cession des responsabilités, les visites de Ghislain au poulailler sont devenues occasionnelles, alors que c’était le premier lieu où il se rendait après une longue absence, avant même la maison. « Quand j’y vais, c’est parce que j’ai le goût, dit-il. Je peux prendre le temps que je veux. Je ne suis pas payé pour ça! » Il avoue toutefois avoir continué à tenir les employés à l’œil, jusqu’au jour où il s’est fait dire amicalement par son fils que ces derniers n’avaient pas besoin de connaître deux manières de faire… « C’est correct. Mon garçon a sa technique et moi, j’ai la mienne. Mais la mienne fonctionne bien et je ne vais pas changer après 30 ans! »

Pierrette Lemieux, conjointe de Ghislain, a de son côté récupéré un mari. Dans les dernières années, il pouvait s’absenter de cinq à six jours par semaine. « Ça change une vie! Avant, c’était un peu comme être en attente. » Elle est elle-même retraitée d’un poste d’infirmière en périnatalité en CLSC. Les voyages font aussi partie de leurs passe-temps, mais dans leur cas, ils se teintent d’une vocation humanitaire. Depuis 15 ans, Ghislain s’implique dans SOCODEVI, une société de coopération internationale dont il est le président. Ils profitent également avec plaisir de leur rôle de grands-parents.

L’avenir est aussi bien assuré chez les Cloutier, où on tente de profiter des possibilités dans la production d’œufs avec un second poulailler. « Il faut le souligner quand notre relève réussit. Il faut lui laisser la place pour qu’elle réussisse », indique fièrement Ghislain.

La fierté rejaillit aussi sur l’ensemble des familles, ont d’ailleurs mentionné les trois couples de retraités interviewés dans le cadre de ce dossier; tous ont tenu à souligner les carrières respectives de leurs enfants qui travaillent en dehors du secteur agricole.

Ghislain a le sentiment d’avoir réussi sa dernière réalisation : son transfert de ferme. « J’ai l’impression d’avoir réalisé l’étape ultime de ma carrière et je suis content du résultat. Mon père m’a laissé la ferme, et comme lui, je la laisse à mon fils. J’ai bouclé la boucle. »

Vous pouvez lire l'article complet dans l'édition imprimée du Coopérateur édition de juillet-août 2015.  

VISIONNEZ LES PHOTOS DE NOTRE REPORTAGE
photos : Steve Deschênes

  
 


Lisez les autres reportages du dossier Destination : République de la retraite
Portrait de Céline Normandin

QUI EST CÉLINE NORMANDIN
Détentrice d’une maîtrise en science politique, Céline est journaliste-pigiste auprès du Coopérateur. Et ce n’est pas par hasard si elle se retrouve aujourd’hui à couvrir le secteur agroalimentaire puisqu’elle a grandi sur une ferme laitière. Sa famille est d’ailleurs toujours active en agriculture. 

0 Commentaires