La famille : une priorité

par Céline Normandin

Crédit photo : Caroline Fournier

PÈRES D'AUJOURD'HUI : LA FAMILLE D'ABORD

Malgré des journées harassantes et des horaires difficiles, de nombreux pères de famille remuent ciel et terre pour ne pas être qu’une figure passagère dans la vie de leurs enfants. Trois jeunes agriculteurs ont décidé de mettre la famille au centre de leur vie, souvent en rupture avec ses modèles parentaux. 

Une question de priorité

Pour François Labbé, ce choix est venu très tôt dans sa vie. « Dès que j’ai repris la ferme familiale, j’ai voulu que l’entreprise soit à mon service, et non l’inverse », lance François Labbé, qui a repris la ferme familiale dès sa sortie de l’ITA de La Pocatière, en 1992. De dimension moyenne à l’époque, elle correspond maintenant à une petite entreprise laitière avec ses 40 vaches Holstein, et cela lui convient très bien. Il est seul à s’occuper de la ferme, même s’il a su bien s’entourer pour être en mesure d’avoir un coup de main quand le besoin se faisait sentir. Mais il a toujours pris des décisions dans le but de se faciliter la vie. Il a aussi eu la chance, dit-il, de se marier avec quelqu’un ne venant pas du monde agricole. « J’ai l’impression que ça m’a beaucoup aidé à décrocher des travaux de la ferme pendant la fin de semaine, puisque ma femme ne travaille pas ces jours-là. »


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François, qui a toujours adoré les enfants, est aujourd’hui papa de Nathan (12 ans) et Coralie (9 ans). Il a décidé de gérer l’entreprise en fonction de la famille dès leur naissance. Alors qu’il était impliqué dans mille et une organisations agricoles, il a réorienté son implication pour être présent dans tous les aspects touchant à la vie de ses enfants, que ce soit la garderie, l’école ou les activités parascolaires. Il est aujourd’hui un enthousiaste entraîneur de hockey et de soccer pour ses enfants. « Des fois, on court et on est fatigué. Mais je me dis que j’ai 10 à 15 ans à investir dans la vie de mes enfants. Ce n’est pas beaucoup dans une vie ou une carrière, et c’est maintenant qu’il faut en profiter.»

Pour pouvoir passer plus de temps avec les enfants, François a dû faire des choix quant à la manière de gérer son entreprise. François se lève à 4 h 30 pour être en mesure de s’asseoir à table avec les enfants au petit-déjeuner. Il accueille aussi ses enfants à leur retour de l’école, puisque sa femme est encore au travail à ce moment-là. C’est en toute connaissance de cause qu’il a fait une croix sur l’essor de sa ferme. « Moi aussi j’aime les belles vaches, mais j’aurais peut-être de la misère à dormir pendant deux ou trois jours quand ma vache de 50 000 $ serait sur le point de vêler. Il faut s’arrêter et choisir ses priorités. » Il gère d’ailleurs son entreprise de manière très serrée et veille à être le plus efficace possible. « Je me fais parfois demander par d’autres parents si je travaille, puisque je m’implique beaucoup. Ce qu’ils ne voient pas, c’est que je me lève tous les matins à 4 h 30. À part les traites, mon horaire est assez flexible et je m’arrange pour passer mon temps en famille. »


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Si l’éducation de François diffère un peu de celle qu’il donne à ses enfants, il dit toutefois s’être inspiré de ses parents sur un aspect en particulier : ces derniers ont toujours pris le temps de partir en vacances en couple, loin de la ferme. Il a lui-même acheté l’an dernier un terrain situé à cinq minutes de la maison et donnant sur un lac. Les fins de semaine, toute la famille a fait du camping et mangé des guimauves autour du feu. L’air de rien, ces petits moments ont été les bienvenus et ils sont devenus précieux. « Ce n’est pas loin de la maison, mais c’est un dépaysement complet », confie-t-il.

François aime ce qu’il fait et est heureux dans son travail, une attitude qui transparaît et il aide ses enfants à aimer l’agriculture, dit-il.  « Quand j’étais jeune, je n’osais pas dire que je venais du milieu agricole, mais aujourd’hui, mes enfants sont fiers de dire que leur père est agriculteur. »

Portrait de Céline Normandin

QUI EST CÉLINE NORMANDIN
Détentrice d’une maîtrise en science politique, Céline est journaliste-pigiste auprès du Coopérateur. Et ce n’est pas par hasard si elle se retrouve aujourd’hui à couvrir le secteur agroalimentaire puisqu’elle a grandi sur une ferme laitière. Sa famille est d’ailleurs toujours active en agriculture. 

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