Le grand débat coopératif

par Colette Lebel

Coop de France, la fédération des coopératives agricoles françaises, représente 2 500 coopératives, qui réalisent annuellement 86 milliards d’euros de chiffre d’affaires. C’est une force économique impressionnante : 40 % de l’agroalimentaire français passe par ces coopératives. L’an dernier, l’organisation a voulu prendre le pouls des agriculteurs membres de son réseau. Par la même occasion, on a voulu vérifier l’adéquation des spécificités coopératives aux nouvelles attentes sociétales, telles que l’urgence environnementale, les modèles d’affaires et l’engagement des jeunes générations.

C’est donc sous l’appellation « Le grand débat coopératif » qu’a été lancée une vaste consultation au moyen de rencontres régionales et d’un sondage en ligne, auquel ont répondu près de 5000 membres et employés de la coopération agricole. En décembre dernier, à l’occasion de son congrès national, Coop de France présentait les résultats de ce grand exercice.

Des chiffres éloquents, d’abord : 82 % des membres recommanderaient à un jeune agriculteur de s’associer à une coopérative, et 77 % croient que le modèle coopératif répond aux défis de demain. Voilà un beau témoignage de confiance. Mais encore mieux : 90 % des employés recommanderaient à un jeune de venir travailler dans une coopérative, et 87 % croient que la coopération permet de répondre aux défis de demain!

Coudonc, que je me suis dit… on dirait que les employés apprécient encore plus la coopérative que les membres! Eh bien oui. J’ai souvent eu, moi-même, cette drôle d’impression d’aimer davantage le réseau La Coop que ne l’aiment les agriculteurs propriétaires. Mais c’est peut-être normal. Pour un employé, la coopérative, c’est son quotidien, du matin au soir. C’est une relation très intime. Cela se manifeste d’ailleurs dans une autre donnée issue de la consultation : 7 membres sur 10 se sentent près de leur coopérative, contre 8 employés sur 10. Voilà qui traduit bien tout le potentiel d’ambassadeurs qu’ont les employés des coopératives, lorsqu’on se donne la peine de bien les informer sur la distinction coopérative.

Dans un autre ordre d’idées, le grand débat français a aussi permis de clarifier la position des membres agriculteurs sur les pesticides. Presque la moitié d’entre eux estiment que le rejet des pesticides va dans le sens du progrès, ce qui fait dire à Coop de France que les agriculteurs ne sont pas contre les restrictions sur l’usage des pesticides. En revanche, ils se questionnent beaucoup sur la mise au point et le déploiement des solutions de rechange.

On a par ailleurs déterminé que la question de la gouvernance était un enjeu important pour l’avenir du mouvement coopératif agricole. Tout d’abord, le volet de la proximité et son corollaire, « avoir le sentiment que sa voix compte », ont retenu l’attention. La consultation a révélé que le tiers des membres estiment que leur voix n’est pas assez entendue. Il faudra sans doute retrouver une certaine cohésion au sein du réseau. De plus, la question de la vie associative a suscité beaucoup de réactions. Deux axes prioritaires ont été établis par les participants à la consultation : la formation des élus (qui, a-t-on dit, devrait être obligatoire) et leur renouvellement (par lequel on devrait donner un plus grand accès aux jeunes et aux femmes dans la gouvernance du réseau).

En somme, le grand débat coopératif a été l’occasion d’ouvrir un dialogue franc et honnête au sein de Coop de France. Cette démarche témoigne d’une grande maturité de la part des dirigeants, qui se sont mis à l’écoute des membres et étaient prêts à entendre que tout n’est pas parfait. Elle est peut-être là, précisément, la force du modèle coopératif. Dans cette capacité à se remettre en question. Dans cette ouverture aux différents points de vue. Dans cette façon, toute naturelle, d’explorer ensemble les défis qui pointent et de s’engager de bonne foi, chacun à son niveau, à améliorer les pratiques pour assurer la pérennité de l’entreprise et la vitalité de l’association. La distinction coopérative, c’est tout cela – et bien plus encore.

Portrait de Colette Lebel

QUI EST COLETTE LEBEL
Colette est agronome et directrice des Affaires coopératives à La Coop fédérée. À ce titre, elle est responsable de la formation coopérative et de l'animation de la vie associative au sein du réseau. Colette siège au conseil d’administration du Réseau en éthique organisationnelle du Québec, à l’Institut de recherche et d’éducation pour les coopératives et mutuelles de l’Université de Sherbrooke (IRECUS) ainsi qu’au Centre interdisciplinaire de recherche et d’information sur les entreprises collectives (CIRIEC-Canada).

colette.lebel@lacoop.coop

1 Commentaires

  1. Un Bel exemple d amélioration continue en plus haut lieu , le grand débat reste la 1 ère étape... Reste après le diagnostic le plan d action et sa déclinaison pour accompagner le changement dans chaque entités...