Diplomatie et coopération

par Colette Lebel

J’ai récemment assisté à une conférence de Marie Bernard-Meunier, diplomate de carrière, qui a été ambassadrice du Canada en Allemagne, de 2000 à 2004. Une diplomate, oui. J’avoue que la diplomatie n’est pas un sujet de tous les jours – si ce n’est que pour évoquer cette habileté à dire des choses désagréables sans froisser son interlocuteur. Mais avec Mme Bernard-Meunier, c’est plutôt la fonction névralgique du diplomate à l’échelle internationale qui a été examinée. Et les échanges qui ont suivi se sont avérés des plus intéressants, pour qui a le souci de la coopération et du maintien de la paix.

La diplomate nous a d’abord rappelé l’âge d’or de la profession. Cette belle époque où la diplomatie s’exerçait avec protocole et dignité. Cette belle époque où on comprenait bien qu’on était « reçu » dans un autre pays, qu’on s’en allait demander quelque chose et offrir autre chose en échange. On y mettait du temps, du respect et de bonnes manières. Ce sont là, assurément, les ingrédients nécessaires à l’établissement d’une relation de confiance.

Or, de nos jours, déplore Mme Bernard-Meunier, le travail des diplomates est gravement compromis. Au banc des accusés, la transparence. La « sacro-sainte transparence », a-t-elle martelé. Cette transparence qui est désormais revendiquée sans discernement et qui rend extrêmement difficile, voire impossible, le déploiement d’une stratégie de long terme. Et puis il y a la circulation de l’information par les réseaux sociaux, à tort et à travers, qui fige les échanges dans l’immédiat et torpille toute ambition de faire cheminer des interlocuteurs vers la rencontre d’intérêts mutuels.  

Mais il y a pire encore, a-t-elle poursuivi. Depuis la crise de 2008, le contexte mondial s’est grandement détérioré. Régimes d’austérité, précarité du travail, changements climatiques, réfugiés politiques, montée de l’extrême-droite, guerre économique… On constate un repli des états, appuyé sur un populisme exacerbé par les inégalités. L’étranger n’est plus un éventuel partenaire, c’est désormais un ennemi.

En pareil contexte, l’avenir de la diplomatie internationale n’est guère assuré. Déjà, on sent l’effritement des organismes multilatéraux, qui voient leur autorité et leur influence diminuer comme peau de chagrin, laissant tristement lézardée une architecture mondiale élaborée avec patience et doigté au sortir de la Deuxième Guerre. Or, a conclu la diplomate, « ce n’est pas une addition d’égoïsmes, soient-ils collectifs, qui vont nous éclairer dans la route à suivre pour relever les défis mondiaux. Il faut de la coopération entre les états, si on veut s’en sortir! »

En effet. Il semble bien que le monde prenne aujourd’hui une route extrêmement dangereuse. On semble oublier la relation très directe qui existe entre la diplomatie et la guerre : ce sont les deux façons de garantir les intérêts d’un pays donné. L’une par la coopération et le dialogue, l’autre par la violence. -Vivement la coopération et le dialogue!

S’il nous reste aujourd’hui un véhicule de coopération, vigoureux et bien présent à l’échelle internationale, c’est bien l’entreprise coopérative. Il y a actuellement 2,6 millions de coopératives dans le monde. Et faut-il le rappeler, l’Alliance coopérative internationale (ACI), qui fédère le mouvement coopératif mondial, est la plus vieille ONG au monde et elle a survécu aux deux guerres mondiales, tout en ayant des membres des deux côtés des parties en conflit. Et depuis, l’histoire nous apprend que les entreprises coopératives ont grandement contribué au maintien de la paix dans plusieurs régions du monde, en favorisant le dialogue. Le livre Cooperatives and Pursuit of Peace (Ian MacPherson et Joy Emmanuel, 2007) nous en a fourni de nombreux témoignages.

Les coopératives doivent promouvoir leur modèle d’affaires. Ne minimisons pas l’impact de leur présence. Parce qu’elles sont un véhicule permanent de coopération et de dialogue dans l’écosystème du marché, elles contribuent à assainir le climat mondial. Il y a 10 ans, dans un de mes billets, je disais que travailler pour le mouvement coopératif, c’était en quelque sorte travailler pour la paix dans le monde. Je persiste et signe.

Portrait de Colette Lebel

QUI EST COLETTE LEBEL
Colette est agronome et directrice des Affaires coopératives à La Coop fédérée. À ce titre, elle est responsable de la formation coopérative et de l'animation de la vie associative au sein du réseau. Colette siège au conseil d’administration du Réseau en éthique organisationnelle du Québec, à l’Institut de recherche et d’éducation pour les coopératives et mutuelles de l’Université de Sherbrooke (IRECUS) ainsi qu’au Centre interdisciplinaire de recherche et d’information sur les entreprises collectives (CIRIEC-Canada).

colette.lebel@lacoop.coop

1 Commentaires

  1. Merci Colette pour la partage. C'est tout a fait vrai. Il faut de la coopération entre les États si on veut s'en sortir. Cela présuppose ouverture et respect ainsi que compréhension commune des enjeux. J'ai espérance que cela viendra malgré la tendance actuelle qui s'exprime autrement.