Chemin faisant

par Colette Lebel

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Aujourd’hui, les entreprises qui se veulent performantes doivent miser sur l’innovation et l’agilité. Facile à dire, mais quel défi quand une société compte des milliers d’employés! Car l’imposante structure hiérarchique rendue nécessaire pour organiser efficacement le travail s’avère une machine solide, bien huilée et fonctionnelle, mais par sa nature même, elle peut devenir rigide et lourde.

Difficile d’innover dans un environnement rigide. Et impossible d’être agile quand on est lourdaud. Est-ce à dire que les grandes entreprises ne peuvent avoir accès aux avantages de l’innovation et de l’agilité? Heureusement, non. Mais il faut y voir. Il faut la volonté et le courage politique de mettre en place des dispositifs organisationnels qui insuffleront un peu de souplesse dans la machine.

À cet égard, le consultant en management Olivier Zara ouvre une voie intéressante. Depuis une dizaine d’années, il élabore une conception de l’entreprise basée sur une approche de gestion à deux faces : l’ordre et le chaos. L’ordre, évidemment, c’est la hiérarchie, dont il ne renie aucunement l’utilité. Le chaos, c’est le lâcher-prise du gestionnaire et la mise à contribution de tous, c’est une invitation à la créativité dont tous peuvent se prévaloir. C’est la valorisation d’un capital immatériel : l’intelligence collective.

Or, le chaos fait peur. Peur de perdre la maîtrise, peur de créer des attentes auxquelles on ne saura répondre, peur de créer de coûteux précédents… Prudent, Zara suggère d’instaurer un équilibre entre l’ordre et le chaos dans une proportion de 80-20, précisant du même souffle que le chaos permet au gestionnaire de recueillir une formidable palette d’options, mais n’implique pas qu’il doive renoncer à son pouvoir décisionnel. Le gestionnaire demeure toujours le responsable et, à ce titre, il lui revient de prendre les décisions finales.

Tout cela me plaît énormément, car investie depuis près de 30 ans dans le réseau coopératif, je crois profondément aux vertus de la démocratie. J’ai souvent envié les agriculteurs membres du réseau La Coop, parce qu’ils ont la légitimité et bénéficient d’espaces pour faire valoir leurs points de vue. En parallèle, j’ai toujours cru que tous mes collègues, à quelque niveau qu’ils se situent dans l’entreprise, pouvaient avoir des perspectives, des idées, des réflexions pertinentes sur ce qui se passe à La Coop fédérée. Une mine de renseignements qu’il suffirait de recueillir, sans obligation d’avaliser. De petits cadeaux gratuits, quoi!

Eh bien, me voilà comblée. Dans la foulée de sa démarche en éthique organisationnelle, La Coop fédérée s’engage dans une relation de confiance et de réciprocité avec ses employés, et prévoit l’instauration d’espaces de discussion où, prenant assise sur les quatre valeurs fortes de l’organisation – l’honnêteté, l’équité, la responsabilité et la solidarité –, la voix des employés pourra se faire entendre.

Cet engagement se concrétise dans un premier projet-pilote de communauté d’apprentissage, qui a été annoncé au cours de la Semaine de la coopération. Une invitation à explorer l’éthique organisationnelle a été lancée à tous les employés. Volontairement, sans égard au statut ni au secteur d’activité, un groupe d’employés réfléchira aux valeurs coopératives en lien avec les pratiques de travail à La Coop fédérée. On visera le développement des capacités de réflexion et de conversation. On échangera ses points de vue dans le respect, l’écoute et l’empathie. On les situera dans la matrice des quatre valeurs organisationnelles. Et on fera part de ses apprentissages à l’ensemble des employés.

Je salue le courage de notre chef de la direction, qui a accepté cet audacieux projet. Encore une fois, je me sens fière de faire partie du réseau La Coop, dont l’approche est unique en son genre. La mise en place de structures au service de l’éthique organisationnelle est un champ relativement nouveau pour nous, mais qu’à cela ne tienne. Nous allons développer notre expertise ensemble. Nous allons découvrir le sens pratique des valeurs coopératives, par le dialogue entre pairs. Voilà le défi que nous avons l’ambition de relever. Pas à pas. Chemin faisant.

Portrait de Colette Lebel

QUI EST COLETTE LEBEL
Colette est agronome et directrice des Affaires coopératives à La Coop fédérée. À ce titre, elle est responsable de la formation coopérative et de l'animation de la vie associative au sein du réseau. Colette siège au conseil d’administration du Réseau en éthique organisationnelle du Québec, à l’Institut de recherche et d’éducation pour les coopératives et mutuelles de l’Université de Sherbrooke (IRECUS) ainsi qu’au Centre interdisciplinaire de recherche et d’information sur les entreprises collectives (CIRIEC-Canada).

colette.lebel@lacoop.coop

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