Le souci des détails, version 2015

par Bruno Langlois

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C’est une discussion estivale avec un éleveur vaches-veaux qui m’a inspiré pour cette chronique. 

On parlait de la succession presque magique de conditions et d’évènements ayant mené les bovins canadiens à des prix que personne ne croyait vraiment possible : cheptel des vaches (Canada, États-Unis et Mexique) à son plus bas niveau depuis les années 1960, effet de la diarrhée épidémique porcine sur l’offre globale de viande et dégringolade du dollar canadien face au dollar américain.

C’est à ce moment que ce jeune producteur m’a exposé sa source de motivation à bien faire les choses. Sa prémisse de base est que si on laisse complètement faire la nature (minimum de travail et d’interventions), probablement que 75 % des vaches du troupeau sèvreront un veau à l’automne. Toutes les heures qu’il investit annuellement à surveiller les vêlages, aider les veaux à boire, leur donner du colostrum et s’assurer que les mères adoptent bien leurs petits – sans parler de l’alimentation minérale (une priorité chez lui) – lui permettent de faire passer ce chiffre à 95 %.

Une évidence… évidente

Pour 100 vaches gardées, la « récolte » est donc de 20 veaux supplémentaires par année pour un investissement d’environ 3,5 heures par jour pendant 60 jours. Quand le prix d’un veau était de 800 $, ses heures supplémentaires lui rapportaient environ 12 000 $, une fois l’alimentation minérale défrayée, soit 60 $ l’heure. Selon lui, il n’y a pas de plus belle motivation. Surtout qu’avec les prix actuels, ce taux est plutôt de l’ordre de 150 $ l’heure!

Cette anecdote ne fait que souligner une fois de plus que les petits détails jouent toujours un rôle très important. Mais cela est encore plus évident quand le multiplicateur « prix » est grand!

La technologie à la rescousse

Or, c’est là que ça devient intéressant. Traditionnellement, en production bovine, tous ces points de gestion ne reposaient que sur la somme des heures travaillées. En fait, il y avait très peu d’outils technologiques à la disposition du producteur. Augmenter la durée de saison de paissance signifiait faire davantage de clôtures barbelées. Réduire les pertes de veaux à la naissance se traduisait par « coucher à l’étable », etc. Rien de bien attirant et motivant.

Mais le visage de la production change rapidement. Bien entendu, « l’huile de coude » sera toujours nécessaire, mais en quantité beaucoup plus faible. Aujourd’hui, bien que souvent méconnus, les outils technologiques existent et prennent leur place. Ne pensons qu’à la combinaison suivante : abreuvoirs mobiles, raccords rapides, dévidoirs de fil de clôture électrifiée, piquets amovibles et véhicule tout-terrain biplace, qui, lorsqu’ils sont bien utilisés, permettent de garder un plus grand nombre de vaches sur une même surface de pâturage pendant une période plus longue. Par exemple, le testeur de tension a remplacé la masse et les « crampes ».

Autre exemple? L’arrivée de caméras de surveillance reliées à un ordinateur ou à un téléphone intelligent. On pourrait aussi mentionner les colostrums de remplacement commerciaux de qualité, les indices de sélection pour les taureaux (EPD), l’insémination artificielle grâce aux techniques de synchronisation des chaleurs. Et, bien entendu, la possibilité d’obtenir des programmes alimentaires et de fertilisation parfaitement adaptés, réalisés par des conseillers spécialisés en production bovine. L’équipe Opti Bœuf en est d’ailleurs la parfaite expression.

Ces technologies modifient grandement le quotidien du producteur de bovins ainsi que les performances obtenues. Autrefois très traditionnelle, la production bovine est aujourd’hui résolument moderne et orientée vers l’avenir. Parions que ces changements attireront de nouveaux acteurs au cours des prochaines années. À quand le premier drone pour surveiller le travail des taureaux en période de saillie?

Portrait de Bruno Langlois

QUI EST BRUNO LANGLOIS
Agronome et passionné de production bovine, Bruno détient une solide expérience de plus de trente-cinq ans en productions animales. Il est conseiller spécialisé en production bovine à La Coop fédérée.

bruno.langlois@lacoop.coop

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