De grandes responsabilités, une grande fierté

par Bruno Langlois

Au moment d’écrire ces lignes, je suis sur le chemin du retour d’un voyage d’études au Nebraska et au Colorado.

Je pourrais bien vous parler de ce que j’y ai vu. Par exemple, d’une station de recherche qui fait pâturer 8000 vaches sur une superficie de 21 000 acres (1000 abreuvoirs). Ou de la Maddux Cattle Company, en activité depuis 132 ans : 45 000 acres en région semi-aride, 3000 vêlages et 5000 veaux semi-finis annuellement. Ou encore de North Platte Feeders, d’une capacité de plus de 80 000 bouvillons sur le même site et dont la longueur des mangeoires totalise plus de 43 km! Sans oublier Deer Valley Dairy (4400 vaches en lactation) et Feldpausch Holsteins (élevage de 8000 taures laitières à forfait).

Mais ce n’est pas vraiment mon propos. Pas plus que de rappeler le positionnement du Nebraska dans l’échiquier bovin américain : premier État pour les bouvillons (2,77 millions) et quatrième pour les vaches de boucherie (1,9 million, dans 20 000 fermes). « Huge! » comme dirait nos amis anglophones.

Je veux simplement vous parler des sentiments ressentis lors des visites effectuées avec notre groupe de propriétaires de parcs d’engraissement québécois.

D’abord, de la passion presque poétique de John Maddux quand il nous expliquait son programme de croisement, la gestion de ses taureaux et les espèces de plantes présentes dans ses pâturages. Ensuite, de la détermination de la Dre Patsy Houghton, présidente de la Heartland Cattle Company, une entreprise spécialisée dans la préparation des génisses de boucherie de remplacement (125 000 en 28 ans) et dans le préconditionnement de veaux, dont le désir de répondre parfaitement au besoin de ses clients est évident, de même que celui de contribuer positivement à la compétitivité de la production bovine.

Par ailleurs, comment expliquer qu’Ed Wildenburg, propriétaire de Deer Valley Dairy, ait pris plus de deux heures et demie de son temps pour rencontrer un groupe de producteurs de bœufs canadiens, si ce n’est son désir et son grand plaisir de faire partager son vécu? Il appliquait ainsi un principe évoqué par le Dr Doug Ford, son vétérinaire et ami depuis 25 ans : « Ta mission dans la vie est de trouver un jour ton cadeau. Et quand tu l’auras trouvé, ton objectif sera de le donner. » Philosophe, vous dites?

Je pense aussi à la conviction du Dr Tom Noffsinger, collègue du Dr Ford. Les techniques de manipulation d’animaux qu’il a enseignées une bonne partie de sa vie permettent aujourd’hui à North Platte Feeders de recevoir et d’expédier efficacement plus de 155 000 bouvillons par an. Par exemple, le matin de notre visite, 3000 bouvillons (90 semi-remorques) partaient pour l’abattoir, et 2000 veaux (sur les 9000 prévus au cours de la semaine) allaient arriver en après-midi.

Que dire de l’émotion transmise par Chad Engle? Pour cet éleveur vaches-veaux et gérant du troupeau de la station de recherche de Clay Center, les producteurs bovins ont un rôle à jouer : être les intendants de la terre (« stewards of the land »), c’est-à-dire améliorer celle-ci pour les générations futures.

Finalement, Erik Mohrlang, gérant de Feldpausch Holsteins, nous a donné tout un message à ramener à la maison : « J’ai retenu de la Dre Temple Grandin que les bovins n’ont pas choisi d’être gardés en captivité. Je suis donc responsable de bien m’en occuper. Pour moi, c’est tolérance zéro lors des manipulations d’animaux : cris ou coups sont synonymes de licenciement immédiat! C’est aussi ma responsabilité de rassurer le public sur nos méthodes d’élevage. C’est une question de vie ou de mort pour notre entreprise, mais aussi pour toute l’industrie. »

Tout ça pour vous dire que ces Américains nous ont clairement exprimés qu’ils portent de grandes responsabilités, mais qu’ils sont très fiers des efforts qu’ils effectuent au quotidien pour les honorer. Comme aurait dit Maître Yoda : « Avec les Québécois, grandes ressemblances il y a. »

Bonne réflexion!

Portrait de Bruno Langlois

QUI EST BRUNO LANGLOIS
Agronome et passionné de production bovine, Bruno détient une solide expérience de plus de trente-cinq ans en productions animales. Il est conseiller spécialisé en production bovine à La Coop fédérée.

bruno.langlois@lacoop.coop

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