Le courrier du tracteur

par Ghislain Gervais - président

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Il faut savoir prendre des décisions rapides mais réfléchies pour trouver la bonne fenêtre. Celle qui nous permettra de déjouer l’adversaire dans cette partie d’échecs millénaire entre l’homme et la nature. Entrer trop tôt ou trop tard dans les champs peut avoir des conséquences importantes sur nos rendements et faire la différence entre une bonne et une moins bonne année.

Mais une fois dans les champs, une fois la programmation effectuée et l’autoguidage mis en œuvre, la période des semences nous laisse de longues heures pour prendre du recul par rapport à la frénésie de la préparation pour la saison de culture.

Dans mon cas, cela m’a donné l’occasion de faire le point sur ma première année à la présidence de La Coop fédérée. Mon premier constat a été que ça va vite et que ce n’est pas l’ouvrage qui manque.

L’an dernier à pareille date, le conseil d’administration menait à terme sa réflexion sur la réforme du modèle d’affaires et des structures du réseau La Coop, que l’on a appelée Vision 2020. Présentée à la réunion semestrielle 2016, cette modernisation majeure du réseau avance maintenant à la vitesse grand V. Les coopératives sont passées à l’action, et les discussions pour le regroupement de plusieurs d’entre elles sont en cours.

J’ai été amené à sillonner le Québec pour rencontrer vos conseils d’administration ou, dans certains cas, vous rencontrer à l’occasion de vos assemblées générales, afin d’expliquer ce projet qui repose sur une consolidation ordonnée des coopératives agricoles membres du réseau La Coop, assortie d’un partenariat plus étroit avec La Coop fédérée. J’ai bien apprécié ces rencontres, même si elles ont été exigeantes.

Ce mouvement vers l’avant est une bonne chose, parce que le monde autour de nous n’est pas statique.

Il semble bien que l’Accord économique et commercial global (AECG) intervenu avec l’Europe sera mis en œuvre, même s’il doit encore être ratifié par l’ensemble des pays membres de l’Union européenne.

C’est globalement une bonne nouvelle, mais le Canada, qui devrait ratifier l’AECG dans les prochaines semaines, n’a toujours pas fait connaître sérieusement ses intentions quant à l’attribution des quotas d’importation et à la compensation qui devrait être versée aux producteurs laitiers et fromagers du Québec. Cela pourrait assombrir l’embellie actuelle du secteur laitier.

Il en est de même de l’intention du gouvernement américain de rouvrir l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA). On ignore pour le moment la profondeur des modifications souhaitées par les Américains, mais après les récentes déclarations du président Trump, l’accès au marché des produits sous gestion de l’offre sera au menu.

On le sait, l’incertitude n’est pas propice au développement des affaires. Dans quelques jours aura lieu la troisième consultation du gouvernement du Québec en prévision du Sommet sur l’alimentation, qui doit se tenir l’automne prochain et doit conduire à la présentation d’une nouvelle politique bioalimentaire au printemps 2018.

Dans son dernier budget, le gouvernement canadien a reconnu le développement de l’agriculture et de l’agroalimentaire comme un des trois secteurs prioritaires de développement pour le Canada. Espérons que ce message sera entendu par le gouvernement du Québec et que ce dossier sera enfin considéré avec sérieux.

En tant que coopérateurs, nous avons l’habitude, la volonté et les compétences nécessaires pour prendre notre destinée économique en main.

Mais comme dans l’ensemble des pays économiquement avancés, nous devons pouvoir compter sur un cadre et des politiques agricoles et agroalimentaires qui donnent une perspective à long terme et qui réduisent les risques inhérents à notre secteur d’activité.

Encore faudrait-il que la consultation à venir donne l’occasion aux principaux intervenants du secteur, ceux qui sont sur la ligne de front, de se faire entendre sur les enjeux et les pistes de solution pour y répondre.

Sur ce, bonne saison!

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