La théorie du chaos

par Ghislain Gervais - président

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Vous connaissez? Cette théorie mathématique a été merveilleusement vulgarisée comme suit par son concepteur : « Le simple battement d’ailes d’un papillon au Brésil pourrait déclencher une tornade au Texas. »

Ce n’est pas tellement que j’ai une nouvelle passion pour les sciences mathématiques, mais je ne peux m’empêcher de m’interroger : si l’effet papillon peut déclencher des tornades, quel sera l’effet de l’élection d’un éléphant à la Maison-Blanche américaine?

En fait, ce qui est le plus inquiétant, ce n’est pas tant le nouveau locataire de la Maison-Blanche que le fait qu’il est le symptôme d’un phénomène qui semble mondial : des leaders populistes peuvent dire des faussetés, énoncer des « faits alternatifs », sans qu’il y ait de conséquences sur leur popularité. Ils surfent sur l’idée que c’était mieux avant et que l’on peut retrouver un passé que l’on qualifie de glorieux.

C’est ce qui s’est passé au Royaume-Uni avec le Brexit, et c’est le discours actuel de plusieurs leaders de la droite en France, aux Pays-Bas, en Autriche et, d’une certaine façon, en Russie, où règne aussi un président qui veut redonner à son pays la grandeur qu’il avait du temps de l’URSS.

Quiconque s’intéresse un peu à l’histoire peut établir des analogies entre la montée de ces nationalismes et la situation qui existait avant les première et deuxième guerres mondiales. On peut minimalement convenir que le secteur des relations internationales est présentement tendu.

Mais à court terme, ce sont l’imprévisibilité et l’impulsivité de notre puissant voisin qui m’inquiètent. Son intention de baisser substantiellement les impôts des entreprises pourrait avoir un impact notable sur les finances publiques, et donc sur de nombreux programmes sociaux du Canada.

Plus près de nous, c’est aussi son intention de rouvrir l’ALENA qui crée de l’incertitude. Avec la conclusion de l’Accord économique et commercial général (AECG) avec l’Europe et du Partenariat transpacifique (PTP) avec les pays qui bordent l’océan Pacifique, on aurait pu croire que la remise en question de la gestion de l’offre par nos partenaires commerciaux serait maintenant chose du passé.

À la lecture de l’excellent reportage de notre journaliste Nicolas Mesly, dans notre édition d'avril, vous verrez que même si notre balance commerciale avec nos voisins du Sud est équilibrée, les questions du bois d’œuvre et de l’accès des produits laitiers américains seront au centre des négociations à venir.

À quoi pouvons-nous nous attendre d’un gouvernement qui s’abreuve de « faits alternatifs » et pour qui une bonne entente semble être celle où il y a nécessairement un perdant? Difficile à prédire.

Ce qui est certain, c’est qu’il n’y a pas lieu de paniquer. Ce n’est pas la première fois que la gestion de l’offre est la cible de nos voisins, et nous avons à ce jour réussi à en préserver l’essentiel.

En outre, la plupart des observateurs s’entendent pour dire que le gouvernement Trudeau joue très bien ses cartes dans ses relations avec la Maison-Blanche, et ce, même si les deux gouvernements ont une vision opposée du rôle de l’État.

On constate par ailleurs que la démocratie américaine est complexe et que de nombreux pouvoirs font contrepoids à l’autorité du président, notamment le Sénat et la Chambre des représentants – qui, bien que contrôlés tous deux par le Parti républicain, ont toujours été favorables aux ententes de libre-échange.

En cette période d’incertitude et de turbulence politique et économique, je me console également en pensant que, plus que jamais, la coopération prend tout son sens.

Après la pluie vient le beau temps, et notre modèle économique basé sur le respect de valeurs universelles, qui place le développement de la personne au cœur de sa raison d’être, finira bien par être un jour reconnu à sa juste valeur.

Bonne période des semences!

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