Politique bioalimentaire: enjeux et perspectives

par Patrick Dupuis

Crédit photo : MAPAQ

La Politique bioalimentaire promise voit enfin le jour. Entretien avec le ministre Laurent Lessard.

Coopérateur : Une priorité économique et une occasion d’améliorer la santé des Québécois. Le titre est porteur et laisse croire à un changement important des mentalités ainsi que des moyens qui seront consentis à ce secteur. Quels sont les faits saillants de cette politique?

Laurent Lessard : Le secteur bioalimentaire est une priorité économique à développer, un engagement social à soutenir et une occasion d’améliorer la santé de tous. Cette politique se veut inclusive, innovante, plurielle, entrepreneuriale, renouvelable, axée sur un dialogue permanent et mesurable. Sept cibles pour 2025 ont été retenues lors du Sommet sur l’alimentation de 2017. Elles ont été établies par les partenaires, et je suis convaincu qu’ils ont déterminé les bonnes priorités.

Brièvement, quelles sont ces priorités?

Les voici en rafale: Investir 15 milliards $ en production agricole, aquacole, dans les pêches et la transformation alimentaire, soit 3 milliards $ de plus par rapport à la période 2006-2015. C'est une croissance des investissements de 4,5 % par année, en comparaison de 0,8 % par année pour 2006-2015.

Accroître de 6 milliards $ les exportations bioalimentaires internationales du Québec, pour les porter à 14 milliards $ d’ici 2025, soit une augmentation de 6,5 % par année.

Les efforts seront maintenus pour accroître la présence des produits québécois sur le marché canadien, où le quart d’entre eux sont vendus. Les ententes internationales négociées nous offrent des occasions à saisir.

Ajouter 10 milliards $ de contenu québécois dans les produits bioalimentaires achetés au Québec, pour passer de 24 milliards $ en 2016 à 34 milliards $ en 2025.

Augmenter la part des entreprises agricoles et de transformation alimentaire québécoises ayant implanté des pratiques d’affaires responsables. Des outils de suivi seront mis en place dès cette année pour évaluer l’augmentation de l’implantation de pratiques qui réduisent les risques, tant pour la santé que l’environnement, d’intrants comme les pesticides et les antibiotiques, de même que de pratiques touchant une diversité d’enjeux : gaz à effet de serre, biodiversité, santé, sécurité et qualité de vie des travailleurs et des entrepreneurs, santé et bien-être des animaux.

Doubler la superficie en production biologique, pour passer de 49 000 ha en 2015 à 98 000 ha en 2025. Des mesures soutiendront les pratiques biologiques, qui sont exigeantes.

Augmenter de 52 à 70 % les volumes de produits aquatiques québécois écocertifiés, notamment par l’organisme Marine Stewardship Council.

Enfin, nous souhaitons améliorer la valeur nutritive des aliments transformés au Québec et, pour ce faire, mettre au point des outils permettant de les évaluer, particulièrement en ce qui a trait à la teneur en sel, en sucre, en gras saturés et en fibres alimentaires. Nous travaillerons avec le ministère de la Santé et des Services sociaux.

Quelles seront vos actions prioritaires : miser sur les exportations de produits agricoles et agroalimentaires, ou développer l’agriculture et les marchés de proximité?

Les deux actions peuvent être développées en parallèle. Si nous développons l’agriculture de proximité, si nous augmentons la production et la transformation d’ici, nécessairement nous augmenteront nos exportations.

Tout au long des consultations, vous avez souligné que le consommateur serait au cœur de vos préoccupations. Comment entendez-vous répondre à ses multiples exigences?

Les consommateurs désirent de l’information crédible et actualisée sur les aliments, leur origine, leur valeur nutritive, leur salubrité, leurs modes de production et de transformation. À l’aide de divers outils, nous renforcerons le dialogue entre eux, le secteur bioalimentaire et le gouvernement.

Quelle est la place de la gestion de l’offre et de la mise en marché collective dans votre nouvelle politique?

La gestion de l’offre doit demeurer, et nous sommes très fermes dans notre intention de la défendre. Nous ne tolérerons aucune tentative de déstructuration du modèle, et nous continuerons à nous faire les porte-paroles des Québécois afin d’assurer le maintien de notre modèle agricole. 

Quelles formes d’aide les producteurs agricoles recevront-ils afin de pouvoir continuer à répondre aux exigences des marchés, notamment en matière de bien-être animal?

Les efforts du secteur bioalimentaire doivent se poursuivre pour faire évoluer les pratiques d’élevage, de transport et d’abattage des animaux. Nous avons déjà mis en place le Plan de soutien aux investissements en matière de bien-être animal et d’efficacité énergétique, qui bat des records d’adhésion : plus de 3200 demandes en cinq mois. Devant ce succès, nous avons confirmé qu’un budget de 100 millions $ sur cinq ans a été ajouté au Plan dans le cadre du budget du 27 mars dernier. Cette somme s’additionne aux 95 millions $ annoncés l’an dernier. Les entrepreneurs agricoles du Québec pourront compter sur un fonds de 195 millions $ sur six ans pour soutenir leurs investissements.

On a souvent critiqué le fait que les précédentes tentatives de mise en place de politiques bioalimentaires tombaient à plat. Pourquoi et comment celle-ci prendra-t-elle véritablement forme de façon pérenne?

Les participants à la présente démarche souhaitent qu’elle débouche sur une politique gouvernementale pérenne, mais dont l’évolution sera possible. C’est pourquoi j’ai soumis un projet de loi qui introduira, dans la Loi sur le MAPAQ, des dispositions concernant les responsabilités du ministre et les mécanismes de mise en œuvre et d’actualisation de la Politique.

Vous pouvez lire l'entretien complet avec le ministre Laurent Lessard dans l'édition imprimée du Coopérateur, édition de mai-juin 2018.

Portrait de Patrick Dupuis

QUI EST PATRICK DUPUIS
Patrick est rédacteur en chef adjoint au magazine Coopérateur. Agronome diplômé de l’Université McGill, il possède également une formation en publicité et en développement durable. Il travaille au Coopérateur depuis plus de vingt ans.

patrick.dupuis@lacoop.coop

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