L’impact des taux d’intérêt en agriculture

par Pascal Labranche

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La lente remontée des taux d’intérêt semble désormais amorcée par la Banque du Canada. Voyons quels sont les impacts à prévoir dans le secteur agricole et comment s’en prémunir.

Certains impacts de cette hausse des taux d’intérêt sur vos finances sont directs, alors que d’autres sont beaucoup plus insidieux. Quelques stratégies de gestion vous permettront de limiter les dégâts et de profiter des occasions d’affaires que cette situation pourrait offrir.

Les prévisions

Faire des prévisions est toujours hasardeux. Cependant, de nombreux économistes prévoient une hausse de 2 à 2,5 % d’ici environ deux ans. Cette hausse se fera de façon progressive, selon le rythme de l’économie et l’évolution de l’inflation.

Les impacts directs

Prenons l’hypothèse d’une hausse de 2 %. Pour un producteur laitier ayant un endettement de 300 $/hl, elle représentera un coût de financement plus élevé de 6 $/hl de lait produit. Pour un producteur de maïs qui a un endettement de 8000 $/ha, cette hausse se traduira par un coût de 160 $ de plus par hectare ou de 20 $ de plus par tonne métrique de maïs.


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Les impacts indirects

Tout d’abord, l’écart entre les taux américains et canadiens est un facteur important dans la détermination du taux de change. Plus notre taux est élevé, plus la demande de notre devise est grande et plus notre dollar prend de la valeur! 

Comme le prix de la majorité des produits que nous commercialisons – sauf ceux sous gestion de l’offre – est basé sur le prix américain, il faut prévoir qu’il nous restera moins d’argent dans nos poches.

Prenons, à titre d’exemple, une tonne métrique de maïs qui se négocie à 200 $ CA avec un taux de change à 78 ¢ US. Cette même tonne de maïs se négociera à 190,24 $ CA si le taux de change est à 82 ¢ US et que le prix du maïs américain reste le même. Si vous êtes consommateur de grains, c’est une bonne nouvelle. Si vous êtes producteur de grains, c’est moins intéressant. La même logique s’applique au porc et au bœuf.

Il existe un autre impact indirect. La Banque du Canada augmente ses taux lorsque l’économie va bien et que le taux de chômage est bas. Si vous avez des employés et que vous êtes en compétition avec des industries qui offrent de meilleurs salaires, la concurrence ne sera que plus féroce pour retenir ou recruter les meilleurs employés. 

Taux variables ou taux fixes?

En fait, la principale réponse réside dans votre capacité à supporter le risque, si vous avez un taux d’endettement peu élevé et un bon solde résiduel. Traditionnellement, il est plus avantageux de prendre un taux variable fermé de cinq ans qu’un taux fixe fermé de cinq ans. Mais ce choix n’est pas absolu.

Si vous avez plusieurs prêts fermés, tentez de répartir leur échéance pour qu’ils ne soient pas tous renouvelables la même année. Ainsi, si vous devez subir une hausse, vous aurez le temps de vous adapter aux prochaines échéances.

En conclusion

La période des bas taux d’intérêt est bien terminée! Il faut toutefois comprendre que, bien qu’une hausse des taux fasse augmenter le coût de production, l’impact est beaucoup moins important qu’une inflation galopante. De plus, une hausse crée de bonnes occasions d’affaires pour les meilleurs gestionnaires, puisqu’elle force le prix des terres à s’aligner sur leur valeur économique plutôt que sur leur valeur spéculative. C’est donc le temps plus que jamais d’adopter une bonne stratégie à long terme.

Vous pouvez lire la version complète de ce dossier dans l'édition de novembre-décembre du Coopérateur.

Portrait de Pascal Labranche

QUI EST PASCAL LABRANCHE
Diplômé en agroéconomie et membre de l'Ordre des agronomes, Pascal est coordonnateur agroéconomie et développement numérique agricole à La Coop fédérée.

pascal.labranche@lacoop.coop

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