Les Perspectives agroalimentaires: prendre la balle au bond

par La rédaction

Photo : Stéphane Marion, économiste et stratège en chef, Banque Nationale du Canada

Crédit photo : CRAAQ

Le thème de l’édition 2016 des Perspectives agroalimentaires décrit bien les défis que devra relever le milieu agricole et agroalimentaire québécois et canadien, de même que les occasions d’affaires qui, dans ce contexte, se présenteront. 

Tenu à Drummondville, cet événement organisé par le CRAAQ était présidé par Vincent Cloutier, alors économiste principal à La Coop fédérée.

En voici les grandes lignes, selon les spécialistes invités

Stéfane Marion, Banque Nationale

La croissance de la population mondiale sera bien sûr porteuse pour notre secteur agricole. Au Canada, cette croissance sera principalement assurée par une immigration qualifiée, qui s’avérera donc capitale pour l’agriculture au cours des prochaines années. Dans le monde, la croissance économique de 2016 oscillera autour de 3 %, dont le tiers proviendra de la Chine. Dans la zone Euro, où les risques géopolitiques seront toujours présents, elle sera plutôt faible, mais positive. Chez nous, la croissance atteindra 1,3 % (Canada) et 1,4 % (Québec). Elle sera de 2 % aux États-Unis. L’économiste ne prévoit pas de hausses de taux d’intérêt avant 2017. L’inflation demeura faible et le dollar canadien oscillera entre 71 et 77 cents US. La dette nette du Canada par rapport à son PIB est plus faible que celle de nombreux pays.

José Alvarez, Harvard Business School

« Il y a deux grandes perturbations dans le commerce au détail : les Millenials et le commerce électronique. » Les Millenials (génération Y), nés de 1981 à 1996, représentent le segment de la population active le plus important aux États-Unis. Ces derniers, hautement éduqués, font leurs achats d’épicerie, parfois en ligne pour 40 % d’entre eux, en accord avec leurs valeurs personnelles (santé et éthique). De plus, ils dépensent davantage pour manger à l’extérieur que pour l’épicerie. « Comme entrepreneurs, vous ne pouvez vous permettre de les ignorer », assure-t-il. Le commerce électronique sera le commerce du 21e siècle. Les détaillants doivent revoir leurs façons de faire dans tous leurs secteurs d'affaires : technologie, inventaire, employés, espace. De l’avis d’Alvarez, l’étiquetage des aliments (OGM) est incontournable. « Les consommateurs le demandent. Il serait inutile de s’y opposer. »

Ted Bilyea, Institut canadien des politiques agroalimentaires

« Nous devrons nourrir - de façon durable - neuf milliards de personnes d’ici 2050. Et la gestion responsable de l’eau sera un élément clé pour relever ce défi, sachant que la majorité de cette ressource utilisée en agriculture est non-renouvelable. » L’eau est source de conflits un peu partout sur la planète, notamment en Californie où elle fait l’objet de débats passionnés. Au Canada, où elle abonde, Bilyea sonne l’alarme. « Nous vivons dans une bulle, il urge de mieux la valoriser. » La préservation des terres arables est aussi au cœur du défi alimentaire. Déjà, en Chine, 10 % de toutes les terres arables ne sont plus aptes à la production d’aliments. Notre capacité de tirer avantage des occasions en agriculture est liée à l’acceptabilité sociale, la santé et l’environnement. Le Canada possède encore un vaste capital naturel, un net avantage par rapport à de nombreux pays où il est en déclin.

Vincent Châtellier, Institut national de recherche agronomique

La crise agricole française (porc, céréales, lait) est multifactorielle, et pas qu'une question de prix des denrées. Dans la production laitière, où le contexte est passé d’une régulation publique à une régulation privée, la France, qui a pâti de l’embargo russe, des difficultés économiques en Chine et d’une chute de la consommation intérieure, est résiliente, dit-il. « Elle possède le plus grand potentiel de développement laitier de l’Europe. »

Daniel-Mercier Gouin, Université Laval

En matière de protection des revenus agricoles, le Québec et le Canada n’affichent pas la même logique. Recevoir des dollars quand ça va bien (Agri-Investissement), recevoir de moins en moins de dollars quand ça va mal longtemps (Agri-stabilité), ne rien recevoir quand ça va bien (ASRA), ou recevoir le revenu stabilisé quand ça va mal, sans limite de temps (ASRA). Laquelle choisir, questionne-t-il. La question demeure entière.

Georges Brossard, entomologiste                                                                

En clôture, une bouffée d’air frais pour les centaines de participants. Tout en nous faisant découvrir le fabuleux monde des insectes, le coloré et fougueux entomologiste entrepreneur a lancé de nombreuses perles bien senties. En voici quelques-unes : « Le mouton paresseux trouve que sa laine est trop lourde. » « Chaque poule vit de ce qu’elle gratte. » « L’immobilité, ce n’est pas bon dans le commerce, dans les affaires, dans tout! » « Nous sommes un peuple capable, noble, fier. » « 90 % du succès d’une entreprise dépend de la personne. » « Un bon cultivateur veut produire deux choses : nourriture et profits. » « La générosité, ça n’appauvrit jamais. » « Celui qui se perd dans sa passion a moins perdu que celui qui a perdu sa passion. »

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