Des bobettes aux couleurs de l’arc-en-ciel

par La rédaction

J’avais d’abord pensé intituler mon billet : « Postulat darwinien d’une transformation rapide vers l’élevage collaboratif ». Puis je me suis dit : tant qu’à l’écrire, je souhaiterais que quelqu’un le lise. J’ai donc opté pour un titre plus accrocheur, n’est-ce pas?
 

La transformation rapide

Pas besoin de remonter loin – janvier 2013. Olymel ne produisait aucun porc avant l’acquisition de Big Sky Farms, dans l’Ouest canadien. Aujourd’hui, elle est devenue le plus important éleveur de porcs au Canada. Disons qu’après plusieurs années de vaches maigres, tant pour les transformateurs que pour les producteurs, des changements majeurs s’imposaient. Ces changements passaient par garantir les approvisionnements pour les usines et adapter la chaîne de production afin de répondre aux besoins des consommateurs et d’assurer la pérennité des acteurs.

Concours de circonstances (une faillite), les actions entreprises dans l’Ouest pour y parvenir furent des acquisitions et la mise en place d’une structure 100 % intégrée. Au Québec et en Ontario, cela fut tout autrement. Différents modèles de partenariats ont été mis en œuvre : fusions d’entreprises, création de coentreprises, contrat d’approvisionnement, maternités collectives des Fermes boréales, Filière porcine coopérative et porc Coop. Autant d’associations différentes adaptées à une orientation d’élevage collaboratif.
 

Postulat darwinien

Dans l’esprit collectif, il est souvent soutenu que l’économie suit un modèle darwinien basé sur la sélection naturelle, où seuls les plus forts survivent, où la concurrence pousse sans cesse les entreprises à s’améliorer. Au Canada, nous exportons 70 % de notre production de porcs. Alors pourquoi consacrer autant d’énergie, dans une concurrence locale, à soutenir un modèle d’affaires individualiste, puisque la vraie rivalité réside en dehors de nos frontières? Certes, la théorie de Darwin est basée sur la compétition entre espèces, mais elle repose pleinement sur les interactions entre elles – dont le mutualisme – pour expliquer leur survie.
 

L’élevage collaboratif

Si le porc canadien a aussi bonne réputation dans le monde (notamment au Japon), les premiers responsables de cette notoriété sont les animaux issus de collaboration et de cahiers de charges qui répondent aux besoins des consommateurs. Parmi les principaux, on retrouve le porc Coop, le Nagano, les porcs de niche de duBreton de même que ceux d’entreprises intégrées comme F. Ménard, qui ont effectué beaucoup de travaux en amont de l’abattage pour améliorer la qualité. D’autres éleveurs font aussi une viande d’excellente qualité. Celle-ci demeure toutefois variable entre les fermes, selon leur mode de fonctionnement. Prenons par exemple la teneur en acide gras de l’aliment, la génétique (YL x Duroc), le logement, les manipulations, le jeûne, la santé, etc.

Sans constance de qualité et sans histoire fiable à raconter, il est bien difficile de valoriser le porc du Québec autrement qu’en faisant la promotion de l’achat local et en misant sur le bien-être animal, sur les bonnes pratiques pour réduire l’empreinte environnementale, sur le respect des normes en matière de sécurité alimentaire du programme AQCMD (du Conseil canadien du porc) et sur les contrôles de l’Agence canadienne d’inspection des aliments. Oui, cette histoire est bonne. Nous devons continuer de la faire vivre pour les 30 % de ventes au Canada.

En ce sens, nous avons avantage à nous allier afin de réduire nos coûts de production, de promouvoir la qualité et l’histoire de notre produit partout dans le monde, et de générer de meilleurs revenus pour tous les participants. C’est l’approche progressive que nous préconisons depuis plusieurs années avec le porc Coop et celle que nous poursuivons avec nos différents partenaires, soit l’élevage collaboratif. Pour le plus grand bien de nos propriétaires – membres de La Coop, producteurs agricoles du Québec –, nous pouvons compter sur plus de coéquipiers, pour la pérennité de l’entreprise.

Enfin, s’il fut un temps où certains nous qualifiaient des « bobettes vertes », ce temps est révolu. Les bobettes ont pris quelques couleurs dans les dernières brassées. Sans abandonner le vert, on pourrait dire qu’elles ont pris les couleurs de l’arc-en-ciel, symbole de la diversité et de l’ouverture sur le monde. 

 

Étienne Hardy, agronome, MBA
Directeur principal
Production porcine, est du Canada
Olymel s.e.c.

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