Rendez-vous laitier AQINAC : si la tendance se maintient

par Patrick Dupuis

Les grandes tendances dans le secteur laitier ont été abordées lors du 10e Rendez-vous laitier de l’Association québécoise des industries de nutrition animale et céréalière (AQINAC), tenu le 30 mars, à Drummondville.

Melodie Chan, vétérinaire chez Zoetis Canada, est convaincue qu’il est possible, dans un marché où le consommateur est inondé de choix d’aliments et bombardé d’information souvent erronée en matière de pratiques agricoles, de changer ses perceptions.

Ce consommateur veut s’assurer que les aliments qu’il achète sont de qualité, sécuritaires et produits en respectant le bien-être animal. Dr Chan invite les producteurs à partager avec le public leurs histoires positives quant à leurs pratiques agricoles et, à tout un chacun, de se bâtir un argumentaire pour pouvoir expliquer les réalités de notre agriculture.

Elle cite en exemple l’usage des antibiotiques pour combattre les infections, qui fait l’objet au Canada d’un contrôle et d’une réglementation parmi les plus sévères au monde.

La planète laitière change rapidement. Nouvelles politiques, abolition des quotas européens, production en hausse, prix en baisse, comment le Québec et le Canada évolueront-ils  dans cette mouvance? Daniel-Mercier Gouin, de l'Université Laval, en a brossé le portait. À un extrême, le Canada, avec un secteur très réglementé, qui approvisionne une demande intérieure à l’abri des soubresauts du marché mondial. De l’autre, la Nouvelle-Zélande, dépourvue de toute régulation et soutien publics, qui vise l’exportation avec à sa barre la coopérative Fonterra, qui assure 90 % de la collecte de lait.

Entre les deux s’insèrent les États-Unis, qui planche sur un secteur d’exportation en croissance et un filet de sécurité peu généreux, et encore peu utilisé, et l’Europe, qui mise aussi sur l’exportation (l’Irlande souhaite devenir la Nouvelle-Zélande du continent), mais affublée d’un filet de sécurité modeste.

Le professeur Gouin met en garde les producteurs canadiens qui bénéficient d'une grande stabilité et parmi les meilleurs prix au monde. Le risque, dit-il, c’est de s’asseoir sur ce confort, en négligeant le contrôle des coûts et de l’endettement, ainsi qu’en conservant des marges de sécurité trop faibles. Si une baisse des prix de 8 % (en moyenne au Canada en 2015) a posé problème, qu’en aurait-il été d’une diminution de 15 % (France), 29 % (États-Unis) et 45 % (Nouvelle-Zélande)?

Copropriétaire de la Ferme Sainte-Sophie inc., Jonathan Beaudet a partagé de son côté comment il a maximisé, au cours des dernières années, la rentabilité de l’entreprise qui compte 380 vaches et 530 kilos.

Son message est clair : pour avancer, il faut se mesurer. En 2009, l’exploitation de Sainte-Sophie-de-Lévrard connaît plusieurs problèmes : solvabilité en baisse, taux de réforme élevé, cellules somatiques en hausse, production de lait trop faible, boiterie, etc. Des solutions sont mises de l’avant et on désigne un porteur de dossier. Tout est contrôlé, comptabilisé. Il n’y a pas de : « il me semble que ça va mieux ». Les actionnaires veulent des chiffres. Les résultats sont au rendez-vous. Conclusion, selon le producteur, il faut se mesurer pour s'améliorer, ne pas se fier aux impressions, se comparer, s’entourer d’intervenants de confiance, et travailler sur les critères d’efficacité.

Élément clé de la réussite en production laitière, la reproduction a été l’objet de la conférence de Stephen Leblanc, vétérinaire et professeur à l’Université de Guelph.

M. Leblanc a cherché à savoir si les outils technologiques en reproduction s’avèrent des gadgets inutiles ou des outils de performance. Les conclusions de son enquête auprès d'éleveurs partout au Canada : les moniteurs d’activité en stabulation libre sont, en moyenne, aussi performants que les protocoles de synchronisation.

Propriétaire de l’Hôpital vétérinaire d’Ormstown, la Dre Jodi Walace a quant à elle traité des conditions d’élevage des veaux. Quel est le meilleur logement, en groupe, en paire ou individuel? a-t-elle questionné. Réponse : cela dépend de la main-d’œuvre, du capital disponible, des besoins et du style de gestion. Chaque conception implique des compromis. Les bases à respecter sont les suivantes : colostrum, espace, ventilation, hygiène, qualité de vie. 

Enfin, Marc-André Roy, propriétaire de la Ferme Jal Royal inc., à Disraeli, a partagé les étapes de son passage de la stabulation attachée à la robotique. Ça ne s’improvise pas, a indiqué l’éleveur de 90 vaches en lactation, nouvellement élu au conseil d’administration de La Coop fédérée.

Problème de main-d’œuvre, production sur deux sites et bâtiments maximisés depuis 10 ans ont convaincu le producteur de faire le saut il y a six ans. Mais avant, il lui a fallu revoir sa structure d’entreprise, s’adjoindre de bons partenaires et visiter de nombreuses fermes. Bilan : il ne reviendrait pas en arrière. Les deux robots lui ont permis d’accroître son efficacité et la santé de son troupeau. Sans compter l’intérêt que manifeste la relève pour cette technologie et la flexibilité qu’elle offre. « En entravée, on travaillait pour les vaches, dit-il. En robotique les vaches travaillent pour nous. »

Portrait de Patrick Dupuis

QUI EST PATRICK DUPUIS
Patrick est rédacteur en chef adjoint au magazine Coopérateur. Agronome diplômé de l’Université McGill, il possède également une formation en publicité et en développement durable. Il travaille au Coopérateur depuis plus de vingt ans.

patrick.dupuis@lacoop.coop

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