Relève: remuer ciel et terre pour réaliser un rêve

par Céline Normandin

Que seriez-vous prêts à faire pour réaliser un rêve de jeunesse? Philippe Beauregard n’a pas hésité à consacrer cinq ans de sa vie pour concrétiser le sien : devenir producteur laitier.

À l’entendre parler, on a l’impression que Philippe Beauregard a plus que quelques années d’expérience derrière la cravate. Sa feuille de route est impressionnante : à tout juste 25 ans, il est inséminateur à temps partiel, mais a déjà travaillé comme expert-conseil en productions végétales à La Coop Agrilait. Mais, surtout, Philippe a réalisé depuis un peu plus de six mois son ambition d’avoir son propre élevage de bovins laitiers, après cinq ans de préparation minutieuse.

Philippe fait partie de ces histoires de plus en plus courantes de relèves non apparentées qui connaissent du succès, malgré les embûches. Il loue, depuis juillet dernier, des installations qu’il a aménagées pour son petit troupeau de vaches Holstein et Jersey, en plus de 60 hectares (150 acres) qu’il pourra exploiter dans quelques années. D’ici cinq ans, soit la durée de son prêt, il sera propriétaire pour de bon des lieux et des bâtiments.

La piqûre, il l’a attrapée de son père qui était commerçant de foin. Il l’a accompagné dans ses voyages un peu partout en région et s’est frotté au quotidien des producteurs. C’est ce qui a fait germer en lui le rêve de posséder un jour son propre élevage.


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C’est tout naturellement qu’il a suivi un cours en productions animales à l’Institut de technologie agroalimentaire de Saint-Hyacinthe. « Je n’avais pas de but précis, mais je me disais que je verrais plus tard. J’ai eu l’occasion de faire un stage à La Coop comme expert-conseil en productions végétales. J’ai vu l’opportunité d’élargir mes horizons et comme on avait apprécié mon travail, on m’a offert de rester et j’ai accepté », raconte Philippe.

Rapidement, son rêve de jeunesse, soit celui d’avoir quelque chose à lui, le rattrape, se souvient le jeune homme. Après vérification, le programme d’aide au démarrage d’entreprises laitières des Producteurs de lait du Québec convient parfaitement à ses besoins. Grâce à un prêt de quota, ce programme vise à favoriser l’établissement de jeunes qui n’ont pas la chance de prendre la relève d’une ferme existante. Il lui faudra cinq ans pour peaufiner son plan et avoir l’approbation des Producteurs de lait.

Philippe entreprend dans l’intervalle de monter son élevage en achetant de jeunes animaux. Il se fait aussi un peu d’argent avec un service de pension pour taures dans des bâtiments adjacents à sa maison.

C’est par l’entremise de son travail d’expert-conseil qu’il rencontre celui qui va l’aider à passer du rêve à la réalité. Victime d’un accident de travail et sans enfant, Yvan Côté s’était lié d’amitié avec Philippe. Croyant à la relève, il lui a fait une offre à la portée de ses moyens. Philippe n’a pas hésité.

Le jeune producteur a fait sa première traite le 26 juillet dernier, date qui lui semblait prédestinée. « C’est en mangeant avec Yvan, après le train, qu’il m’a fait réaliser qu’il avait eu son accident (un écornage par un taureau) exactement deux ans plus tôt », relate-t-il, encore frappé par la coïncidence.


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Depuis, Philippe occupe ses journées à faire deux traites par jour, soit à sa maison de Saint-Guillaume et à sa future étable, à Saint-Gérard-Magella. Avec 25 vaches Holstein en lactation et 10 Jersey, il produit pour 38,5 kg de quota de lait. Il compte aussi 26 animaux de remplacement. Il a choisi sciemment des Jersey. Leur petite taille convient aux installations qu’il loue, mais il apprécie également les caractéristiques de la race. « C’est une race fourragère qui transforme bien le foin qu’elle consomme en lait, et qui est fertile. Elle correspond aussi à ce que je peux produire en phosphore puisque je n’ai pas la possibilité d’épandre mon fumier dans des champs. »

Le jeune producteur compte transférer toutes ses activités sur un seul site d’ici le remboursement de son prêt, soit dans cinq ans. D’ici là, il veut mettre les bouchées doubles pour rembourser le plus de dettes et régler son compte courant. Il a la chance, dit-il, d’être bien entouré, autant par son comptable que par son vétérinaire et son expert-conseil. S’il pensait avoir le temps de tout faire, il est maintenant heureux de compter sur des gens qualifiés pour l’épauler. Sa blonde Véronique Lavoie, qu’il fréquente depuis sept ans, apporte aussi un soutien sans prix. « Elle est revenue travailler dans l’entreprise familiale – en productions maraîchères – après un bac en psychoéducation. Je suis content d’avoir une blonde dans ce milieu! Elle comprend ce que je vis. »

Et où se voit-il dans dix ans? Philippe prend le temps de réfléchir avant de répondre. « Je voudrais être rentable, ne plus travailler à l’extérieur et avoir du temps en famille avec Véronique. » Avec des petits Philippe ou des petites Véronique qui courent dans l’étable? « Oui, j’aimerais ça! »

Portrait de Céline Normandin

QUI EST CÉLINE NORMANDIN
Détentrice d’une maîtrise en science politique, Céline est journaliste-pigiste auprès du Coopérateur. Et ce n’est pas par hasard si elle se retrouve aujourd’hui à couvrir le secteur agroalimentaire puisqu’elle a grandi sur une ferme laitière. Sa famille est d’ailleurs toujours active en agriculture. 

1 Commentaires

  1. C'est très touchant et plein d'espoir pour ceux qui hésitent à se lancer dans leurs passions. La collaboration entre ces deux hommes est un exemple à suivre. Très bon article.