Potasse et soufre dans la luzerne : quoi de neuf?

par Laurier Doucet

En collaboration avec Lucie Kablan, Ph. D., chercheuse en productions végétales; et Brigitte Lapierre, agronome, conseillère spécialisée en plantes fourragères, conservateurs d’ensilage et céréales à La Coop fédérée

Puisque les engrais organiques, ou les fumiers, fournissent un apport appréciable de potassium et de soufre, a-t-on besoin d’un apport supplémentaire de ces éléments sous forme minérale dans les prairies de légumineuses, et en particulier dans la luzerne?

Pour répondre à cette question, le réseau La Coop a mis en place des essais de fertilisation potassique et de soufre dans la luzerne.

Nous avons mené un essai sur trois ans (2012 à 2014). Le protocole était le suivant :

  • En 2011, on a planté dans les champs un mélange fourrager Elite certifié contenant au minimum 45 % de luzerne.
  • Les traitements suivants ont été appliqués sur le tiers de chaque champ après la première coupe :

            – T1 : témoin.

– T2 : 60 kg/ha de K sous forme de muriate de potassium (0-0-60) + 1 kg/ha de bore (2012-2013-2014).

– T3 : 60 kg/ha de K sous forme de sulfate de potassium (0-0-50 18 S) + 1 kg/ha de bore (2012-2013-2014). Le sulfate de potassium apportait 21,6 kg/ha de soufre en plus de la potasse.

– Chaque traitement a été effectué  sur une seule parcelle par site. Le niveau de fertilité en K des trois sites en début d’essais variait entre 164 et 250 kg/ha.

– L’application de fumier ou de lisier a été effectuée sur l’ensemble du champ après la deuxième ou la troisième coupe, selon les pratiques des producteurs.

Interprétation

On note une amélioration du rendement entre le témoin (traitement 1), ayant reçu uniquement de l’engrais organique, et deux traitements (2 et 3) ayant reçu un apport supplémentaire de fertilisation minérale.

Bien que l’écart de rendement entre les deux traitements (455 kg/ha) ne soit pas statistiquement différent, le traitement 2 s’avère tout de même rentable. Pour le traitement 3, la combinaison d’un apport de soufre avec la potasse a donné une augmentation de rendement plus appréciable (1160 kg/ha), offrant de surcroît une très bonne rentabilité.

Quant à la valeur alimentaire, on ne peut pas tirer une conclusion claire sur l’impact de la fertilisation en potasse ou en soufre sur le niveau de protéines des fourrages, car il s’agit d’un résultat partiel. Par contre, on observe une amélioration significative du niveau de protéines dans la coupe qui suit l’application de la fertilisation minérale deux années sur trois.

Étant donné que l’apport en soufre provenant des pluies acides a beaucoup diminué au cours des 20 à 25 dernières années, il devient pertinent d’envisager un apport en soufre dans la fertilisation minérale des prairies.

On estime que la luzerne prélève de 5 à 6 kg/ha de soufre par tonne de matière sèche récoltée. Pour un rendement de 7 tonnes/ha, il faut donc avoir de 35 à 42 kg de soufre disponible pendant la saison.

La minéralisation du soufre provenant de la matière organique et des fumiers est-elle suffisante? Le soufre limite-t-il le rendement? Il n’existe actuellement aucun test du sol fiable pour le soufre. Les concentrations de sulfates sont très variables et peuvent être lessivées entre l’échantillonnage du sol et la croissance des plantes.

Par contre, l’analyse foliaire de la luzerne entre le stade mi-bouton jusqu’au début de la floraison est considérée comme une approche de diagnostic appropriée pour déterminer les carences en soufre.

Étant donné que les niveaux de potassium dans la plante sont deux fois plus souvent sous le seuil critique que dans le cas du soufre, il faut fournir un apport en potasse en combinaison avec le soufre pour maximiser l’effet de levier de la fertilisation soufrée.

La survie à l’hiver dans tout ça?

Une application de potasse à l’automne augmente les chances de survie des légumineuses pendant l’hiver. L’apport de potassium en fin de saison, lorsque la luzerne amorce sa dormance, soit de quatre à six semaines avant le gel mortel, lui permet d’emmagasiner des réserves sous forme d’hydrates de carbone dans le système racinaire. Ces dernières permettent le passage d’une saison à l’autre avec plus de succès, tout en améliorant la vigueur et le rendement au printemps.

En conclusion, nous vous suggérons d’explorer l’option d’intégrer un apport de potasse et de soufre sous forme minérale dans votre plan de fertilisation. Le coût de production des fourrages demeure un enjeu majeur en productions animales, et c’est en partie par l’augmentation du rendement qu’on peut le diminuer.

Lisez la version complète de cet article dans la version imprimée ou virtuelle de l’édition de septembre 2015 du Coopérateur.

 

Portrait de Laurier Doucet

QUI EST LAURIER DOUCET
Membre de l'Ordre des technologues du Québec, Laurier est gestionnaire de comptes à La Coop fédérée.

laurier.doucet@lacoop.coop

 

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