Peste porcine africaine : watch out!

par Patrick Dupuis

La diarrhée épidémique porcine (DEP) a coûté des centaines de millions de dollars à l’industrie porcine nord-américaine. La peste porcine africaine (PPA) causerait des pertes de plusieurs milliards. Des intervenants du secteur nous font part de leurs recommandations… et de leurs craintes.

« Cette maladie est dévastatrice et les dégâts seraient énormes; il faut être nerveux, il faut avoir peur », alerte l’agronome Marquis Roy, directeur technique de la production porcine chez Olymel, le plus important exportateur de porc au pays.

Il n’est pas le seul à la craindre. Lors du Banff Pork Seminar, tenu en janvier dernier, le Dr Egan Brockhoff, réputé spécialiste canadien en santé porcine et conseiller auprès du Conseil canadien du porc, a également sonné l’alarme. « Ce virus serait monumentalement dévastateur pour l’économie canadienne », a-t-il indiqué récemment en entrevue au magazine Alberta Farmer.

Quant au coordonnateur de l’Équipe québécoise en santé porcine (EQSP), Martin Pelletier, il ne cache pas son inquiétude. « Un pays contaminé voit ses frontières fermées à l’exportation de tous ses produits du porc, souligne-t-il. Ce serait une catastrophe dans toute la filière porcine du Canada, qui exporte près de 70 % de sa production. »

« Cela dit, il ne faut pas faire paniquer la population, tempère Jean-Yves Lavoie, directeur du Service monogastrique de Sollio Agriculture. Le problème est très grave pour les élevages, mais les gens ne mourront pas en consommant du porc. Bien que la PPA ne soit aucunement une menace pour la santé humaine, la population doit adopter de bonnes pratiques et faire preuve de responsabilité pour ne pas favoriser la dissémination du virus. »

Entrevue avec Martin Pelletier de l'Équipe québécoise de santé porcine (EQSP).

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Coopérateur : Fin septembre 2018, votre équipe expédiait aux intervenants de l’industrie trois messages de mise en garde contre la PPA. Où en est la situation?

MP : La situation est sérieuse. La maladie continue de se propager en Chine. Elle a fait son entrée en Mongolie et au Vietnam, où de nombreux cas ont été signalés. De plus en plus de pays – notamment Taïwan, la Thaïlande, le Japon, la Corée du Sud et l’Australie – déclarent avoir saisi des produits du porc (saumurés, salés ou fumés) transportés illégalement par des voyageurs, principalement en provenance de Chine.

 

Ces saisies sont-elles une préoccupation majeure?

Oui. Le plus grand risque de propagation du virus à l’échelle mondiale, ce sont les voyageurs. Le virus risque de se propager dans la chaîne alimentaire des porcs commerciaux ou de basses-cours par contacts directs ou indirects.

 

Le Canada importe de nombreux produits de Chine, où la PPA est endémique. Quels en sont les risques?

Ils sont réels et il faut s’en préoccuper. Nous importons des ingrédients utilisés en alimentation animale, des acides aminés et des minéraux, ainsi que des équipements de ferme. On recommande aux éleveurs de vérifier auprès de leurs fournisseurs si les équipements qu’ils se procurent proviennent de Chine. Si c’est le cas, il serait prudent de les désinfecter avant de les introduire dans les porcheries, de manière à contrer les possibles contaminations croisées.

 

La présence de la PPA au Canada serait dévastatrice. Comment s’en sortirait-on?

Dans l’éventualité d’une contamination, on souhaite pouvoir appliquer le concept de régionalisation au pays, c’est-à-dire circonscrire la région atteinte et permettre à celles qui sont exemptes du virus de continuer à exporter leurs produits. Cela demanderait une logistique complexe : contrôle des mouvements, traçage des animaux. Précisons qu’un produit contaminé saisi par l’Agence des services frontaliers du Canada ne fait pas du Canada un pays atteint par la PPA.

 

La déclaration de la maladie proviendrait-elle d’une ferme?

Oui. La PPA doit être présente chez les animaux. C’est une maladie à déclaration obligatoire auprès de l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE). Si des porcs d’une ferme ont un test positif, l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) interviendra et dépeuplera le troupeau. Toute incursion de cette maladie au pays serait sous sa responsabilité. Les carcasses seront éliminées de façon biosécuritaire. Puis il y aura lavage, désinfection et mise en quarantaine des lieux tant qu’ils ne seront pas décontaminés. Cette maladie est également réglementée au Québec, où les cas et suspicions devraient être signalés au ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation.

 

Comment un pays ou une ferme redeviennent-ils exempts de PPA?

À l’aide de tests et de surveillance des troupeaux à proximité ou des troupeaux en lien épidémiologique. La période d’incubation est de 3 à 15 jours. Après deux ou trois périodes d’incubation de la maladie sans aucun nouveau cas détecté, le processus de regain de statut négatif peut se mettre en branle, sous la responsabilité de l’ACIA et avec le concours de l’OIE.

 

Lisez le reportage complet dans l’édition d’avril 2019 du Coopérateur!

Portrait de Patrick Dupuis

QUI EST PATRICK DUPUIS
Patrick est rédacteur en chef adjoint au magazine Coopérateur. Agronome diplômé de l’Université McGill, il possède également une formation en publicité et en développement durable. Il travaille au Coopérateur depuis plus de vingt ans.

patrick.dupuis@lacoop.coop

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