Période de sécheresse: ensilage de maïs fermenté obligatoire

par Annick Delaquis

Le début de la saison de récolte de l’ensilage de maïs est à nos portes. Dans plusieurs régions du sud-ouest du Québec, la pluie se fait rare depuis la mi-juillet. Sécheresse extrême, peut-être pas, mais des précipitations beaucoup moins abondantes que la normale dans plusieurs secteurs.

On redoute immédiatement les impacts de ces conditions sur les rendements et les teneurs en grains des récoltes d’ensilage de maïs, et c’est normal. Par contre, à ces préoccupations, il faut ajouter les risques que pose une période de sécheresse sur l’accumulation de nitrates, particulièrement dans la partie inférieure des plantes.

Normalement, lorsque les conditions de croissance sont optimales, les racines puisent les nitrates dans le sol et les transportent jusqu’aux feuilles, où ils sont transformés en protéine. Par contre, lors de périodes de sécheresse ou de stress, la capacité des feuilles à synthétiser des protéines à partir des nitrates est réduite, et ces derniers s’accumulent dans la partie inférieure des tiges. Plusieurs plantes fourragères réagissent ainsi, mais le maïs et le sorgho sont excellents en la matière.

D'autres stress peuvent contribuer à l’accumulation de nitrates : une pluie abondante suivant une période de sécheresse, des journées nuageuses sans ensoleillement et des conditions qui peuvent « briser » les feuilles (ce sont elles qui transforment les nitrates) : gelée, grêle, insectes, etc.


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On connait tous les risques pour les producteurs et les animaux d’ensiler et d’alimenter avec des ensilages contenant de fortes teneurs en nitrates.

D’abord rappelons-nous que lors de la mise en silo, les nitrates posent un risque de formation de gaz toxique, soit le dioxyde d’azote, le fameux gaz lourd et orangé qui peut asphyxier une personne en quelques instants.

Ce gaz, plus lourd que l’air, s’accumule à la surface de l’ensilage. Il peut également descendre par la chute du silo et s’accumuler à la hauteur des planchers entourant les silos. Il faut donc être extrêmement vigilant, ne pas monter dans les silos les premières semaines qui suivent la mise en silo, ventiler les salles d’alimentation et éviter que le gaz puisse se répandre dans l’étable où sont logés les animaux.

Chaque année, malgré la prévention, il survient malheureusement des accidents. C’est à prendre au sérieux!


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Les nitrates dans le rumen

Que fera le rumen avec le nitrate? Lorsque des aliments plus riches en nitrates sont servis en petites quantités, les microbes du rumen convertissent le nitrate en nitrite, puis en ammoniaque et en protéine. Comme la conversion nitrite-ammoniaque est plus lente que la conversion nitrate-nitrite, les animaux qui consommeraient trop de nitrates absorberaient et accumuleraient du nitrite. 

Ce nitrite « détruit » la capacité qu’a l’hémoglobine de transporter l’oxygène des poumons aux tissus, causant des asphyxies souvent mortelles chez les animaux. Si, par contre, on attend que la fermentation se fasse dans le silo avant de servir l’ensilage, la teneur en nitrates sera alors considérablement réduite (25 à 65 % de moins) et les risques pour les animaux aussi.

On comprend ici que pour que la teneur en nitrates soit réduite dans le silo, il faut que la fermentation se fasse correctement. Le premier facteur déterminant d’une bonne fermentation est un taux de matière sèche adéquat (32 à 36 % selon le type de silo).

On peut également choisir de faucher un peu plus haut (15 pouces du sol) pour éviter de récolter les portions des tiges qui auront les plus fortes concentrations de nitrate. On perd un peu de rendement, mais on gagne en qualité et sécurité. On réduit également le risque d’introduire de la terre dans la récolte, ce qui peut compromettre la qualité de la fermentation.

Il est également recommandé, si l’on craint une accumulation de nitrates dans les plantes, de ne pas ensiler en ajoutant de l’ammoniac ou de l’urée. Pour réduire les risques pour les animaux, il faut introduire les ensilages plus riches en nitrates de façon graduelle pour que le rumen s’adapte. Servir ces aliments en petites quantités sur plusieurs repas est aussi conseillé.

De plus, il faut toujours garder en tête que l’eau peut également contenir des nitrates et que ce sont les quantités totales ingérées qui doivent être contrôlées. Comme le laboratoire est en mesure d’évaluer les teneurs en nitrates de l’eau et des fourrages, pourquoi ne pas les faire analyser si l’on a des doutes.

Vous trouverez au tableau ci-dessous des indications quant aux taux à surveiller dans les fourrages servis aux animaux.

Guide d’utilisation des aliments, dont on connait les teneurs en nitrate, si servis en exclusivité 
Tiré et adapté de D. Undersander et coll. 

Concentration sur base MS

N-NO3

NO3

Commentaires

ppm

%

%

< 1000

< 0,1

< 0,44

Sécuritaire. Une vache de 500 kg, consommant 10 kg de l’aliment, consommera en moyenne 10 g de N-NO3 soit moins de 2,2 g par 100 kg de poids.

1000 à 2000

0,1 à 0,2

0,44 à 0,88

Généralement sécuritaire s’il fait partie d’une ration bien équilibrée. Ne doit pas représenter plus de 50 % de la MS consommée par des vaches gestantes. L’eau d’abreuvement ne doit pas contenir plus de 10 ppm de N-NO3 (<44 ppm de NO3).

2000 à 4000

0,2 à 0,4

0,88 à 1,5

Ne doit pas représenter plus de 50 % de la MS consommée. La ration doit être enrichie en vitamine A et en minéraux.

> 4000

> 0,4

> 1,5

Ne pas servir, potentiellement toxique.

 

 

Portrait de Annick Delaquis

QUI EST ANNICK DELAQUIS
Agronome et détentrice d'un doctorat en alimentation animale, Annick est nutritionniste en production laitière à La Coop fédérée.

annick.delaquis@lacoop.coop

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