Nieuwenhof, une ferme disruptive

par Étienne Gosselin

Photo : Justin Nieuwenhof, 62 ans, et son fils Benjamin, 35 ans.

Le mot à la mode est « disruptif », qu’on utilise pour marquer une rupture entre le passé et l’avenir. Un mot qui peut s’appliquer à l’entreprise Nieuwenhof et Associés, située à Dundee, en Montérégie-Ouest, la ferme en stabulation libre la plus productive du Québec.

C’est quand la ferme est passée de la stabulation entravée à la stabulation libre, en 2011, que la moyenne a fait un bond de 2000 kg de lait! Une troisième traite a été instaurée en janvier 2017.

Plus que le mode de stabulation ou le nombre de traites, ce sont des techniques et des technologies qui ont libéré la productivité des animaux, lesquels expriment aujourd’hui leur plein potentiel génétique.

Premièrement, la possibilité de marcher à volonté et de se vautrer dans une moelleuse litière de 20 cm de sable, rechargée tous les 15 jours, améliore le bien-être. De plus, le sable ajoute de l’adhérence au sol pour les onglons.

Autres éléments de confort cinq étoiles : la ferme a opté pour des stalles flexibles (GREENFREESTALL). Elle installera aussi des ventilateurs de fabrication allemande (CowKühlerZ) à effet rafraîchissant, en raison de buses qui projettent jusqu’à 14 litres d’eau à l’heure. Perchés au-dessus des animaux, ils aideront à prévenir le stress thermique lors des grandes canicules et la perte de productivité qui s’ensuit. L’étable est aussi de conception allemande, fabriquée de poutres de bois lamellé-collé (Wolf System).

Simon-Pierre Loiselle, expert-conseil de La Coop Unifrontières, considère que « cette entreprise ne comporte pas de maillons faibles ». La ferme collectionne d’ailleurs les honneurs et les records : Maître-éleveur en 2009 (préfixe LARELEVE), premier troupeau en stabulation libre à obtenir une MCR moyenne de plus de 300 au Québec (324,7 en 2017), quatrième des plus hautes moyennes de production en 2017 (14 425 kg de lait), en bonne position pour la première place parmi les troupeaux en stabulation libre (3,88 % de gras et 3,17 % de protéine).

En décembre dernier, une vache a même produit une moyenne hebdomadaire de 91,2 kg de lait! « La mission de l’entreprise se résume simplement à faire mieux que l’année précédente, dans une optique d’amélioration continue », indique Benjamin Nieuwenhof. Justin, son père, corrobore : « Ce n’est ni pour les trophées ni pour l’argent qu’on ne cesse de s’améliorer. C’est une question de dépassement de soi. »

L’aire de préparation des rations comporte une plateforme où des silos-sacs sont remplis sur 100 m de long. Aucun fourrage n’est utilisé avant sa pleine fermentation, donc lorsqu’il est entièrement stable. À l’abri de l’oxygène, le fourrage reste appétent et frais, même s’il comporte une haute teneur en humidité (70 %).

« Ici, les vaches ne baissent pas en lait, car la composition des fourrages ne varie pas », explique Simon-Pierre Loiselle, qui compose les recettes à base d’ensilages de maïs et de luzerne. Pour produire un maximum de lait, la cible quotidienne de consommation de matière sèche est de 30 kg.

Des cellules d’entreposage protègent les autres ingrédients des intempéries et facilite la concoction des aliments. On y trouve un ingrédient inusité pour diversifier la ration : de la graine de coton. Fibreuse à souhait, elle est incorporée aux rations à raison d’environ un kilo par vache par jour. « C’est un ingrédient complet qui apporte aussi des protéines, notamment des acides aminés différents de ceux du maïs ou du soya, et de l’énergie sous une autre forme que l’amidon », décortique Benjamin.

La ferme bénéficie des terres les plus chaudes du Québec, avec près de 3100 UTM. Résultat : un champ a produit 16 tonnes de maïs-grain par hectare en 2017, sous l’impulsion d’une bonne régie, mais aussi d’une fertilisation optimale, notamment en potassium.

La ferme génère aujourd’hui, sur une partie des 410 ha cultivés, trois récoltes en deux ans. Après le maïs-ensilage, un seigle d’automne est implanté en semis direct. Récolté à la fin mai, le seigle est suivi d’un soya.

Pour diminuer les coûts de machinerie, mais surtout pour être plus efficaces, les Nieuwenhof se sont associés avec l’entreprise laitière voisine, la Ferme Estermann, pour partager des équipements et de la main-d’œuvre.

En août 2019, la ferme accueillera le 74e Pique-nique Holstein Québec. Simon-Pierre Loiselle estime que les producteurs laitiers qui visiteront les Nieuwenhof gagneront à découvrir une ferme moderne, d’avant-garde.

Pour plus d'informations, voir l'article dans le Coopération, édition juillet-août en page 24. 

Portrait de Étienne Gosselin

QUI EST ÉTIENNE GOSSELIN
Étienne collabore au Coopérateur depuis 2007. Agronome et détenteur d’une maîtrise en économie rurale, il œuvre comme pigiste dans la presse écrite et électronique. Il habite Stanbridge East, dans les Cantons-de-l’Est.

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