Les canneberges chez les Côté : une histoire de famille

par Céline Normandin

Photo : Un moment attendu par tous chez les Côté, la récolte de canneberges qui demande un effort collectif.

Les canneberges font partie de la vie de la famille de Nathalie Côté, qui a adopté ce petit fruit il y a 20 ans, tout comme les Québécois.

Avec le soleil qui brille en ce début d’octobre, c’est une magnifique journée pour sortir. Canneberges Côté se trouve tout au bout d’un étroit chemin de campagne, bordé ici et là d’autres atocatières. Des camions chargés de canneberges filent sur la route sinueuse, qui se termine à un petit garage au toit orange. Ne reste plus qu’à gravir en voiture le chemin de sable entouré de la forêt, qui prend des teintes dorées en ce début d’automne.  

Nathalie Côté attend près des installations qui serviront de quartier général durant la récolte des canneberges, commencée la veille. Tout a bien démarré : aucun pépin mécanique à signaler, et la récolte s’annonce bonne. Un soulagement après l’été hors norme qui a touché toutes les productions à la grandeur de la province. Maintenant que le stress des débuts s’est dissipé, Nathalie a pris son après-midi pour parler de l’entreprise familiale. Pendant notre conversation, il sera question des canneberges, de la production, de la mise en marché, de la coopérative et de la formation, mais surtout de la famille.

Parce que chez les Côté, la canneberge est avant tout une affaire familiale. La récolte est l’occasion de se retrouver, famille élargie y comprise. Et comme dans toute réunion familiale qui se respecte, le plaisir est à l’avant-plan. « Les récoltes, c’est une grosse fête, explique Nathalie. Tout le monde vient donner un coup de main. Chacun fait ce qu’il peut. » Du frère qui tient le rôle de mécanicien à la sœur qui n’aime pas l’eau, mais apporte des biscuits pour ravitailler les travailleurs, tout le monde est le bienvenu. Et c’est sans compter les oncles, belles-sœurs, beaux-frères, beaux-parents et amis qui viennent faire leur tour. En somme, la récolte, c’est Noël deux mois à l’avance. Il suffit de regarder les enfants réunis en cette journée pédagogique pour s’en convaincre. Entre deux tours de quatre-roues, c’est à celui qui aura la chance d’enfiler les pantalons de pêche pour récolter les canneberges. « C’est l’évènement de l’année! » dit Nathalie en souriant.

 

Quand une région adopte la canneberge

Nathalie se défend bien d’être la relève désignée, puisque les cinq enfants de la famille Côté s’impliquent dans la production. Mais le plaisir qu’elle éprouve à parler des canneberges, qui l’occupent du printemps jusqu’à l’automne, est évident. Son père a mis l’atocatière sur pied en 1999. Elle se souvient qu’elle était enceinte quand elle a participé à sa première récolte, salopette et bedaine y compris. La production démarrait alors au Québec. Les canneberges étaient vues comme un débouché intéressant pour les terres à bois et tourbières, délaissées par les grandes cultures. Placé devant le choix de vendre sa propriété ou de la développer, le père de Nathalie a décidé d’aménager sur ses 53 acres des champs de canneberges (il y en a 15 aujourd’hui). L’entreprise compte un seul employé, Régis Bédard, qui est le gérant de ferme et le conjoint de Nathalie.

La productrice aime tout des canneberges. De la machinerie, qu’il faut adapter à cette production encore marginale, à la tranquillité des champs, qu’elle retrouve à l’occasion des travaux à faire. Et ceux-ci sont nomreux tout au long de la saison : cela va de l'entretien des bassins et des digues, de l'installation des gicleurs et de la fertilisation jusqu'à la lutte contre les maladies, les ravageurs et les mauvaises herbes. Elle a même choisi ses emplois selon la liberté qu’ils lui donnent pour mener à bien la production.

La récolte dure environ une semaine, de 7 h du matin à 18 h. Différentes opérations sont nécessaires, comme l’inondation des champs. Il faut compter six heures pour faire monter l’eau à une hauteur suffisante pour racler les fruits, et trois heures de plus pour l’augmenter au niveau requis pour récolter. Et tous les bras sont les bienvenus.

Nathalie confirme que Canneberges Côté pourrait doubler de taille, mais le contrôle sur les finances est la priorité pour le moment. La prudence est en effet de mise, puisque le prix des canneberges a fluctué de manière importante ces dernières années en raison d’une production en forte hausse, tant au Canada qu’aux États-Unis. Puisqu’un champ met trois ans avant d’entrer en production, on comprend que le secteur a dû s’adapter. Les revenus précis pour 2018 demeurent un mystère. « Les producteurs ne connaissent le prix obtenu qu’une fois la récolte livrée à l’usine », explique la productrice. Elle prévoyait cette année un prix de 30 ¢ la livre, ce qui serait meilleur que par les années passées.

Portrait de Céline Normandin

QUI EST CÉLINE NORMANDIN
Détentrice d’une maîtrise en science politique, Céline est journaliste-pigiste auprès du Coopérateur. Et ce n’est pas par hasard si elle se retrouve aujourd’hui à couvrir le secteur agroalimentaire puisqu’elle a grandi sur une ferme laitière. Sa famille est d’ailleurs toujours active en agriculture. 

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