Le repas parfait pour la vache laitière

par Nicolas Marquis

Une expérience alimentaire positive pour les vaches, soit un bon repas agréable, leur permet de satisfaire leurs besoins comportementaux de base, incluant manger, se reposer et ruminer. Une vache satisfaite sera productive, efficace et en santé.

Dans un environnement parfait pour les vaches, la nourriture ne doit jamais manquer : le buffet doit être ouvert 24 heures par jour, 7 jours par semaine.

Toujours l’abondance

Capricieuses, gastronomes, ces vaches? Elles demandent à l’année le traitement que l’on se réserve dans le temps des Fêtes, et encore, direz-vous! Quelle est l’importance de la disponibilité des aliments? On sait que la motivation qu’éprouve la vache à manger augmente de façon marquée après seulement trois heures de restriction.

Une recherche américaine menée au Nebraska a conclu qu’une mangeoire vide de minuit à 6 heures du matin réduit la production de lait de 3,6 kg par vache par jour, ainsi que le temps de repos et le temps passé à la mangeoire. Une étude canadienne a démontré que l’accès restreint à la mangeoire d'une durée de 10 heures par jour réduit la consommation volontaire de matière sèche d’au moins 1,5 kg par jour, et entraîne deux fois plus de déplacements pour se nourrir. Une troisième étude, réalisée avec 47 vaches de génétique similaire nourries avec la même ration, a démontré que la production de lait dans différentes fermes variait de 20,4 à 33,5 kg par vache par jour. Cet écart reflète les différents niveaux de régie sur les fermes, et que la disponibilité des aliments à la mangeoire explique une bonne partie de la variation de production de lait parmi les fermes participantes.

Les troupeaux nourris jusqu’à l’obtention de refus significatifs produisaient en moyenne 1,8 kg de lait par vache par jour de plus. Les entreprises qui repoussaient les refus de façon routinière produisaient en moyenne 3,6 kg de lait par vache par jour de plus.

Pas de chicane à table

Lorsque vous préparez votre souper, vous savez probablement qui ne pas asseoir ensemble ou carrément qui ne pas inviter. Dans un troupeau en stabulation libre, cette façon de faire est plus difficile à gérer. On sait qu’exagérer le nombre d’individus à la mangeoire nuit drastiquement au comportement normal des animaux; les vaches mangeront des repas moins nombreux mais plus gros et elles se dépêcheront à avaler la quantité de nourriture dont elles ont besoin, ce qui peut compromettre le fonctionnement du rumen. On sait aussi que, lorsqu’elles ont le choix, les vaches dominées vont en grande majorité manger de la nourriture moins appétente plutôt que d’affronter une vache dominante pour accéder à de meilleurs aliments, et ce, lorsque l’espace à la mangeoire est de 18 pouces par tête ou moins. Même avec 30 pouces par tête, près de 40 % des vaches soumises choisissent toujours d’éviter une vache dominante, même lorsque cela les oblige à manger des aliments moins appétents. Cela représente un défi de taille pour bien aménager nos aires d’alimentation et appliquer une régie appropriée.

Un pâté chinois uniforme

Imaginez qu’au moment de servir votre repas, vous vous apercevez – malheur! - que vous avez mal étagé votre pâté chinois. Si vous espérez que vos convives ne s’apercevront pas que certains ont plus de viande et moins de pommes de terre que d’autres, détrompez-vous! Même des vaches devant une ration totale (mal) mélangée découvriront assez vite qu’il y a des endroits meilleurs que d’autres dans la mangeoire. Le manque d’uniformité dans la distribution de la ration est un problème assez commun. Quand la ration est inconstante le long de la mangeoire, les vaches le savent et auront tendance à « paître » de haut en bas du cordon, entraînant une compétition accrue à mesure qu’elles se démènent pour accéder à la nourriture. Une étude récente réalisée en Colombie-Britannique a observé 51 % plus de variations de place et 3,5 fois plus de compétition sous ces conditions, ce qui réduit de beaucoup l’efficacité de l’alimentation.

Cultiver l’appétit

Les vaches laitières, comme la majorité des animaux d’élevage, démontrent naturellement une conduite agressive et déterminée à la mangeoire. Si la nourriture est difficile à atteindre, elles exerceront suffisamment de force sur les barrières pour potentiellement se blesser. Si nous les obligeons constamment à faire de grands efforts et à prendre des risques pour atteindre la nourriture, nous atténuons involontairement cet instinct naturel de manger avec appétit et détermination. La nourriture doit être repoussée vers les vaches à mesure que ces dernières la rendent inaccessible en mangeant. On sait que d’une à deux heures après la distribution de la ration est le moment où la compétition est la plus intense pour la vache. Il faut donc d’apporter une attention particulière à cette période cruciale du repas lorsque nous repoussons les refus. Une étude de l’Arizona a révélé que lorsque les refus étaient repoussés chaque demi-heure pour les deux premières heures après le repas, comparativement à seulement une fois par heure, les vaches produisaient 1,8 kg de lait par tête par jour de plus et étaient 10 % plus efficaces.

Créer l’expérience du repas parfait pour la vache laitière consiste à s’assurer qu’elle peut manger facilement un repas uniforme au moment qui lui convient, dans un environnement où la compétition est minime et où elle peut se reposer confortablement après l’avoir consommée.

Source : Traduction et adaptation de Creating the perfect [cow] dining experience, Rick Grant, président Miner Institute, 2014.

Portrait de Nicolas Marquis

QUI EST NICOLAS MARQUIS
Membre de l'Ordre des technologues, Nicolas est conseiller spécialisé en production laitière à La Coop fédérée.

nicolas.marquis@lacoop.coop

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