La transition: avant, après le vêlage, ou les deux?

par Annick Delaquis

Crédit photo : Pierre Cadoret

Pour maximiser la production et la santé de vos vaches, il faut un programme alimentaire depuis le tarissement jusqu’au pic de lactation.

La transition : avant le vêlage

Beaucoup de travaux ont été réalisés pour comprendre le métabolisme de la vache tarie. Résultat : une ration riche en énergie servie durant les cinq premières semaines de tarissement a un impact beaucoup moins positif que si elle est servie durant les trois dernières semaines avant le vêlage. Mais peu d’études se sont penchées sur les stratégies alimentaires à adopter les trois premières semaines après le vêlage pour optimiser les performances de la vache. Et si les deux périodes (trois semaines avant et après) étaient aussi importantes l’une que l’autre?

La transition : après le vêlage

Récemment, il a été démontré qu’une ration contenant seulement 16 % de protéine peut limiter la production en début de lactation. Les vaches ont répondu positivement à un apport supplémentaire de protéine ayant un excellent profil d’acides aminés pour compléter leur ration de 16 % (graphique 1). On peut estimer que, au jour 14, la teneur en protéine de la ration supplémentée oscillait entre 18 et 18,5 %.

Le constat est le même pour l’énergie. Le besoin augmente catégoriquement après le vêlage. Des chercheurs indiquent qu’une vache met en moyenne 45 jours pour revenir à un bilan énergétique positif, une situation hautement corrélée avec la consommation d’énergie en début de lactation. C’est pour cela que les rations du premier groupe sont si riches en concentrés. Par contre, on néglige souvent de porter attention à la transition entre les rations de prévêlage et de lactation. Si, en prévêlage, on adopte une ration dont l’énergie satisfait les besoins, sans plus, soit 13 à 15 mégacalories par jour, est-ce qu’on peut offrir dès le vêlage une ration très concentrée en énergie provenant en grande partie de l’amidon des grains, pour tenter de maximiser la production? Réponse classique : ça dépend!

La Transition : avant et après le vêlage

Ces dernières années, on a mis l’accent sur les mégacalories des rations de transition, en oubliant de regarder d’où elles venaient : de la fibre ou du grain fermentescible? Ces deux sources d’énergie n’ont pas du tout le même effet dans le rumen. Lorsqu’on passe d’une ration à une autre, il faut s’assurer que les écarts en énergie fermentescible ne nuiront pas au fonctionnement du rumen (baisse du pH) ni aux performances des vaches. Et c’est d’autant plus important en début de lactation, lorsque la consommation est un défi et que, de plus en plus, les rations servies en préparation au vêlage sont moins riches. Ce concept est bien illustré par la comparaison des résultats obtenus par les chercheurs du Miner Institute et ceux de l’Université Cornell (voir le tableau ci-dessous).

Dans l’étude du Miner Institute, une ration contenant 13,5 % d’amidon a été servie pendant les 42 jours de tarissement. Après le vêlage, les vaches ont été divisées en trois groupes, dont les rations contenaient 21, 23 ou 26 % d’amidon. Après la troisième semaine, une ration de 26 % a été offerte à tous les groupes. Comme l’illustre le tableau, les vaches ayant consommé une ration moins riche en amidon en début de lactation (21 ou 23 %) ont produit plus de lait et de composants que les vaches auxquelles on a servi la ration plus concentrée dès le départ. Pourquoi? L’écart entre la ration prévêlage (13 % d’amidon) et la ration post-vêlage (26 %) était probablement trop grand pour que le rumen et les vaches puissent en tirer profit.

Les chercheurs de Cornell, quant à eux, n’ont vu aucun impact négatif sur le lait d’une ration contenant 26 % d’amidon, comparativement à une autre de 21 %, dès le vêlage. Dans leur étude, on constate même une augmentation en lait plus rapide dans les premières semaines avec la ration plus concentrée (graphique 2).

Dans cette étude, les vaches ont reçu une ration plus riche et fermentescible (17 % d’amidon) avant le vêlage. L’écart était donc moins grand entre la ration prévêlage (17 %) et la ration postvêlage plus dense (26 %).

En comparant ces deux études, on comprend mieux l’intérêt d’avoir un groupe de vaches ayant récemment vêlé entre la ration prévêlage et la ration de groupe 1. On maintient un environnement du rumen plus stable en augmentant progressivement l’énergie des rations (graphique 3).

En résumé, il est important d’assurer une bonne transition entre nos rations pré et postvêlage pour atteindre de bons pics de lait et réduire la perte de condition de chair. Les vaches doivent consommer de l’énergie en début de lactation, mais il faut les y préparer. C’est un peu comme si deux personnes font une course pour se rendre au quatrième étage d’un immeuble, mais que l’une prenne l’ascenseur, alors que l’autre monte à pied… Si nos deux participants partent du rez-de-chaussée, aucun doute que celui ayant pris l’ascenseur arrivera en premier – sauf s’il y a une panne d’électricité! Par contre, il n’aura aucunement amélioré sa santé. Si notre athlète à pied part du deuxième étage, alors il a d’excellentes chances d’arriver aussi rapidement au quatrième que celui prenant l’ascenseur à partir du rez-de-chaussée. De plus, en bien meilleure santé et sans avoir eu à craindre, comme son adversaire, d’incident dû à une panne.

La ration des premières semaines de lactation devrait être formulée en fonction de la ration servie juste avant le vêlage et de celle que consommeront les vaches une fois la lactation établie. Il faut construire un programme alimentaire du tarissement au pic de lait. Parlez-en à votre expert-conseil; il vous guidera dans vos choix de programme Transilac.

Impact du niveau d’amidon dans la ration de début de lactation sur les performances des vaches
* Les chiffres suivis de lettres différentes sont statistiquement différents.

Amidon

21 %

23 %

26 %

Consommation MS (kg/j)

25,2

24,9

23,7

Lait (kg/j)

47,9ab*

49,9a

44,2b

Gras (kg/j)

1,91

1,86

1,71

Protéine (kg/j)

1,42ab

1,50a

1,34b

Urée du lait
(mg/dl)

15,2a

12,7b

11,9b

Adapté de Dann et Nelson, 2011

 

 

Portrait de Annick Delaquis

QUI EST ANNICK DELAQUIS
Agronome et détentrice d'un doctorat en alimentation animale, Annick est nutritionniste en production laitière à La Coop fédérée.

annick.delaquis@lacoop.coop

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