La mouche du chou : si petite et si nuisible!

par Christine Bourbonnais

Photo : mouche du chou (Delia radicum) adulte
Crédit : Laboratoire d’expertise et de diagnostic en phytoprotection, MAPAQ

Les producteurs de crucifères savent qu’ils auront à lutter contre ce diptère pas facile à maîtriser. Avec l’arrivée de la nouvelle réglementation sur les pesticides, dont le chlorpyrifos, penchons-nous sur les moyens de lutte.

Les options de traitement pour les producteurs sont peu nombreuses, et le respect des nouvelles règles agroenvironnementales mises en place par le MELCC (ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques) vient restreindre certaines applications.

Rappelons d’abord qu’il est important d’effectuer des rotations de plus de quatre ans avec les cultures de la famille des crucifères. Vous réduirez ainsi l’incidence de plusieurs maladies. Assurez-vous aussi de bien désherber, puisque plusieurs mauvaises herbes sont des hôtes potentiels de cette mouche. Il est fortement conseillé d’enfouir les résidus de culture après la saison de production.

Il existe peu de méthodes de lutte de remplacement à la lutte chimique, mais il est possible d’opter pour des couvertures flottantes ou des bâches. Celles-ci agissent comme des barrières physiques. Beaucoup d’efforts sont déployés en vue d’obtenir des mouches stériles, qui pourront possiblement devenir un jour une solution verte. La lutte chimique est une méthode répandue pour supprimer cet insecte. Il faut bien en connaître les options pour faire un choix raisonné.

 

Produits homologués

Trois molécules sont homologuées pour le traitement de cet insecte au moment de la transplantation. Parmi ces molécules, le chlorpyrifos se retrouve dans la liste des cinq matières actives réglementées par le MDDELCC. Son utilisation est assujettie à une prescription et à une justification agronomique depuis le 1er avril dernier.

L’insecticide chlorpyrifos ne satisfait pas aux critères de toxicité sur la santé et l’environnement. Ce produit doit être appliqué en respectant les conditions mentionnées dans la justification agronomique.

De plus récentes molécules (voir ci-dessous), avec des indices de risque acceptables pour la santé et l’environnement, sont maintenant offertes. Ces molécules ont un effet systémique qui procure une maîtrise à plus long terme des insectes et diminue la quantité de matière active appliquée aux champs. Une bonne stratégie phytosanitaire pourrait proposer d’utiliser les molécules à faible risque à la plantation et de garder le chlorpyrifos comme traitement d’urgence dans les cas où ce serait nécessaire.

L’utilisation du Spinosad en bassinage devient donc une solution de choix, pour son efficacité à maîtriser la mouche du chou et pour son profil agroenvironnemental vert. L’insecticide Success, utilisé en production conventionnelle, et l’insecticide Entrust, utilisé en production biologique, font partie d’une classe unique d’insecticides appelée Naturalyte (Groupe 5). Ces produits de suppression des insectes sont des métabolites naturels dérivés d’organismes vivants.

Le Spinosad provient de la fermentation d’une bactérie naturelle du sol, Saccharpolyspora spinosa. Cette matière active étant biologique, elle a une reconnaissance OMRI et Ecocert, pour les producteurs bios. Elle est non phytotoxique au niveau des racines, ce qui favorise une plus grande uniformité des plants au champ et facilite une récolte plus concentrée.

Il est souhaitable d’avoir des plants uniformes au champ afin que les traitements phytosanitaires et les fertilisants foliaires soient appliqués à un seul stade de la culture. Le Spinosad est un produit intéressant pour le maintien des insectes bénéfiques.

Le Success est vendu en format d’un litre. Il permet de traiter 80 000 plants en bassinage et peut être utilisé en traitement foliaire en saison pour maîtriser d’autres insectes ravageurs. De plus, il est homologué pour une utilisation en serre et ne laisse aucun résidu pour les cultures subséquentes.

Ce produit doit être appliqué par bassinage sur les plateaux de transplants afin que la matière active se rende au niveau du système racinaire et soit ainsi transportée systématiquement dans le xylème de la plante. Son effet résiduel de plusieurs semaines maîtrisera les dommages de la mouche du chou. On doit limiter les applications à un maximum de trois par cycle de production.

Verimark, insecticide du Groupe 28, demeure un choix intéressant. Il est formulé spécialement pour les applications au sol, l’absorption et la translocation par le système racinaire. Une fois absorbé, il se redistribue dans la plante et maximise sa protection. Lorsqu’on l’applique au moment de la transplantation, il protège les plants contre plusieurs insectes nuisibles, tels que la piéride du chou, la fausse-teigne, la fausse-arpenteuse, la cécidomyie du chou-fleur, l’altise et la mouche du chou.

Cette protection pourra durer jusqu’à 35 jours si la dose recommandée est respectée. Verimark est sécuritaire pour les insectes bénéfiques et possède un bon profil environnemental. L’utilisation d’un autre produit de ce groupe chimique n’est pas permise dans les 60 jours suivant son emploi.

Nous devons nous pencher sur ces options, même si au premier regard leurs coûts peuvent sembler plus élevés. Nous devons réfléchir à l’aspect environnemental et à la santé humaine, en tentant le plus possible d’utiliser des produits plus sécuritaires.

(Source : Christine Bourbonnais, T.P, gestionnaire de compte chez Sollio Agriculture et Chantal Veilleux, agronome horticole chez Corteva Agriscience)

Portrait de Christine Bourbonnais

QUI EST CHRISTINE BOURBONNAIS
Christine est gestionnaire de comptes à La Coop fédérée. Elle est membre de l'Ordre des technologues.

christine.bourbonnais@lacoop.coop

0 Commentaires