La filière laitière française est-elle concurrentielle?

par Nicolas Mesly

Crédit photo : Paysan Breton

Quatre litres sur dix litres de lait produits en France sont aujourd’hui destinés à l’exportation, surtout au sein de l’Union européenne (Allemagne, Italie, Royaume-Uni). Mais l’avenir de la filière française repose sur le développement de marché tiers, par exemple pour la poudre de lait infantile en Asie, au Moyen-Orient, et les fromages aux États-Unis, voire au Canada. Alors la question se pose : la filière laitière conventionnelle française est-elle concurrentielle?

Le Goliath français Danone ne génère plus que 7 % de son chiffre d’affaires dans sa terre natale, en transformant des produits frais, un marché en décroissance. Et le numéro 1 mondial Lactalis, en acquérant Parmalat, a carrément basculé dans le commerce international, et ne compte plus que 15 000 salariés en France sur ses 75 000 employés autour du globe. « Les privés ont réalisé que les marchés européens étaient matures avant les coopératives qui, elles, sont ancrées dans leur territoire », ajoute Jean Moreau.

« C’est vrai que nous accusons un peu de retard », poursuit Arnaud Degoulet. Mais ce retard n’est pas insurmontable. Dominique Charge, issu des rangs de la coopérative Terrena, mise aussi sur ses marques pour générer des revenus, comme le beurre Paysan Breton vendu jusqu’en Chine. « La France est reconnue pour ses grandes marques gastronomiques, la qualité de ses produits, ses normes sanitaires et son système de traçabilité », dit-il.

Dans la foulée du scandale de la mélamine en 2008, les Chinois ont d’ailleurs cherché à sécuriser leurs approvisionnements dans l’ouest de la France, en Bretagne notamment. La compagnie chinoise Synutra a formé une coentreprise en 2012 avec la coopérative géante Sodiaal pour produire entre autres du lait maternisé, un investissement de près de 200 millions d’euros. Une autre coopérative, celle d’Isigny Sainte Mère, a formé un « joint-venture » de 65 millions d’euros pour produire du lait infantile avec la compagnie chinoise Biostime.

C’est ce même marché chinois qui a fermé ses portes en 2015-2016 et contribué à plomber les prix internationaux avec l’embargo russe. Malgré tout, acteurs privés et coopératifs français restent persuadés de se tailler une plus grande place dans un commerce international dominé par les Néo-Zélandais, Hollandais ou Américains, et qui a augmenté de 67 % entre 2000 et 20151.

« Nos jeunes agriculteurs sont très bien formés. De plus, ils n’ont pas à investir dans des quotas comme au Canada. Et nous possédons une bande verte unique au monde pour produire du lait », poursuit Dominique Charge. Cette conquête des marchés internationaux se fera dans une France avec un nouveau visage laitier. Conséquence de l’abandon des quotas, certains bassins laitiers se vident au profit de cette bande verte où l’on retrouve entre autres la Bretagne et la Normandie.

Vous pouvez lire le dossier complet « La France agricole cherche sa voie, sans les quotas » dans l'édition de novembre-décembre 2017 du Coopérateur.

1 Le secteur laitier français est-il compétitif face à la concurrence européenne et mondiale, Perrot Christophe, Chatellier Vincent, Gouin Daniel-Mercier, Richard Mélanie, You Gérard

 

Portrait de Nicolas Mesly

QUI EST NICOLAS MESLY
Agronome de formation, il a débuté sa carrière en journalisme agricole avant de devenir attaché de presse et assistant spécial du ministre de l’Agriculture du Canada. Nicolas est retourné au journalisme après avoir été secrétaire commercial à l'ambassade canadienne au Venezuela. Globe-trotter, sa spécialité est de cerner les grands enjeux agroalimentaires et écologiques. 

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