La fétuque élevée dans les rations des vaches laitières

par Étienne Gosselin

La fléole des prés (mil) est la graminée fourragère la plus utilisée au Québec. Si elle présente une bonne survie hivernale, est appétente et possède une bonne valeur nutritive, elle est toutefois sensible à la sécheresse et à la chaleur, ce qui mène à un faible regain, notamment après la première coupe. Or, avec les changements climatiques, les extrêmes météorologiques risquent d’être plus fréquents.

Dans le cadre de la Journée d'information scientifique sur les bovins laitiers et les plantes fourragères du CRAAQ, tenue le 28 février dernier, l’étudiante de 2e cycle à l’Université Laval, Anne-Marie Richard, propose donc comme solution alternative la fétuque élevée pour sa longue saison végétative, sa résistance aux stress environnementaux et sa richesse en nutriments.

Les producteurs craignent toutefois la fétuque, notamment en raison de sa sapidité (saveur) moins grande que la fléole. Toutefois, tient à préciser Brigitte Lapierre, conseillère spécialisée à La Coop fédérée, « les nouvelles variétés à feuilles souples sont plus appétentes, et la régie de coupe intensive influence positivement l’appétence ».

Le protocole expérimental de cette étude prévoyait l’évaluation de la prise alimentaire, de la production laitière, de la production de gras et de protéine de la fétuque en espèce pure, en mélange avec la luzerne et selon deux taux d’humidité (demi-sec et préfané), le tout en comparaison avec la fléole dans une ration stable à 30 % de concentrés. Résultat : la fétuque permet une prise alimentaire, une production lactée et de gras du lait équivalentes à la fléole.

Les espèces offertes en mélange avec la luzerne permettent en outre une augmentation de la production laitière (+ 6 %) et du lait fourrager (+ 18 %). Du côté de la production de protéine dans le lait, la fléole offerte en espèce pure conserve l’avantage (3,53 % contre 3,40 %), un écart qui s’amenuise lorsque les graminées sont servies avec la luzerne. Enfin, la consommation de fétuque est plus grande pour un ensilage préfané (silo-presse) en comparaison avec un ensilage demi-sec (grosses balles rectangulaires).

Dans une étude similaire, Florence Pomerleau-Lacasse s’interroge sur les meilleures options à la fléole des prés cultivées en association avec la luzerne. Sur trois années sur trois sites (Sainte-Anne-de-Bellevue, Saint-Augustin-de-Desmaures et Normandin), l’étudiante de l’Université McGill a évalué le rendement et la valeur nutritive des espèces suivantes : fléole des prés, fétuque élevée, fétuque des prés, brome des prés, festulolium et ray-grass vivace.

Sa conclusion, après deux années de suivi : le mélange traditionnel luzerne-fléole performe toujours bien partout au Québec, mais les fétuques et le brome sont des solutions alternatives plausibles.

Portrait de Étienne Gosselin

QUI EST ÉTIENNE GOSSELIN
Étienne collabore au Coopérateur depuis 2007. Agronome de formation et détenteur d’une maîtrise en économie rurale, il œuvre comme pigiste dans la presse écrite et électronique. Il habite Stanbridge East, dans les Cantons-de-l’Est.

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