La dépendance: un mal aux conséquences nombreuses

par Guylaine Gagnon

Les troubles de dépendance entraînent de nombreuses conséquences, tant pour l’individu lui-même que pour sa famille et son entreprise. Entrevue avec Pierrette Desrosiers, psychologue spécialisée en agriculture.

D’abord, qu’est-ce que la dépendance?

La dépendance est un état psychologique ou physique qui se manifeste par un besoin profond et répété, qui n’est jamais assouvi. La personne atteinte n’arrive plus à maîtriser sa consommation, malgré les conséquences négatives connues. Elle s’exprime par la consommation – alcool, drogues, médicaments – ou par des comportements – jeu, achats compulsifs, pornographie, Internet, etc. D’ailleurs, on remarque que la cyberdépendance s’accroît de façon inquiétante

Beaucoup de gens aiment prendre un verre, jouer au casino, aller sur les médias sociaux. Quand doit-on considérer la chose comme un problème?

Cela devient un problème lorsque surviennent des symptômes de sevrage [de manque] en cas d’absence de la substance ou de l’activité qui crée une dépendance. Mais aussi lorsque la personne doit augmenter la dose de la substance ou de l’activité, parce qu’elle a acquis une tolérance. Et enfin, lorsque la consommation implique des conséquences négatives importantes pour soi ou pour les autres.

La dépendance est-elle considérée comme une maladie ou une « faiblesse » de l’être humain?

Depuis 2011, la dépendance est reconnue par la Société américaine de médecine de la dépendance (ASAM) comme un dysfonctionnement cérébral ou une maladie chronique du cerveau. Toutefois, bien des experts préfèrent décrire la dépendance comme un phénomène biopsychosocial, parce qu’on peut avoir des prédispositions à devenir dépendant (bio); parce qu’il peut y avoir un ensemble d’éléments, stresseurs ou autres, qui entraînent l’acquisition d’une dépendance (psycho); et parce qu’une dépendance peut émerger après un évènement éprouvant, telles une rupture, la retraite, une faillite (social). C’est un trouble multifactoriel.

Quelles sont les conséquences de cette maladie sur l’environnement de la personne atteinte?

Sur le plan personnel, la dépendance peut entraîner la perte d’estime de soi, des troubles anxieux, de la dépression et de l’insomnie. Mais ces conséquences peuvent aussi être des causes ou des déclencheurs. Par exemple, une personne qui vit une dépression ou qui est très anxieuse est beaucoup plus à risque d’acquérir une dépendance.

En ce qui a trait aux conséquences sur la famille et l’entreprise, la personne aux prises avec une dépendance a tendance à se désinvestir, car elle est préoccupée par son obsession. La dépendance entraîne des conflits tant dans la famille que dans l’entreprise. Elle entraîne aussi de la désorganisation et, par conséquent, des baisses d’efficacité et de rentabilité dans l’entreprise.

De plus, la consommation ou les comportements s’amplifient lorsque tout va mal. Cela devient un cercle vicieux.

Comment l’entourage doit-il agir avec une personne atteinte?

Il est important que les proches comprennent ce qu’est une dépendance. Il faut avoir le courage de dire à la personne atteinte qu’il y a un problème et décrire avec le plus de précision possible les situations problématiques ainsi que leur impact sur les gens et l’entreprise. Il est recommandé d’exprimer ces choses avec empathie et même de demander à la personne comment on peut l’aider.

Pour le conjoint et les membres de la famille, il est possible d’aller chercher de l’aide pour apprendre à fonctionner avec le problème de l’autre.

Si le problème en vient à mettre la vie de quelqu’un en danger, il faut intervenir rapidement et demander l’aide d’un professionnel. Toutefois, avant d’en arriver à cette intervention extrême, il faut être capable de dire que vous n’acceptez pas ce comportement. Il faut donc établir vos limites et exprimer les conséquences si le problème persiste. Et enfin, être prêt à prendre les décisions qui s’imposent selon la gravité du problème. 

Vous pouvez lire le texte complet de ce reportage dans l'édition de mai-juin du Coopérateur.

Portrait de Guylaine Gagnon

QUI EST GUYLAINE GAGNON
Guylaine a grandi sur une ferme dans la région de Lanaudière. Intéressée par l’écriture, elle ne croyait pas qu’un jour elle combinerait son métier à celui de ses parents. Embauchée en 1991 comme secrétaire-correctrice, Guylaine a depuis gravi les échelons jusqu’à la fonction de rédactrice en chef du Coopérateur.

guylaine.gagnon@lacoop.coop

 

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