Jada Jerseys : sans sol et sans tracteur

par Étienne Gosselin

L’élément de différenciation de Jacinthe Bilodeau et Daniel Poulin, c’est la génétique performante. Cinq ans avant leur démarrage, ils élevaient déjà des sujets en préparation du jour J.

 

Difficile de démarrer en production laitière? Jacinthe Bilodeau et Daniel Poulin démontrent qu’un établissement à géométrie variable est possible, pourvu que tous soient prêts à quelques accommodements financièrement raisonnables!

En 2007, quand la scierie qui les embauchait a flambé, Jacinthe et Daniel ont fait le choix de vivre de l'élevage laitier. Le couple a décidé de jeter par écrit leur plan d'affaires et de s'établir à quelques centaines de mètres de la ferme des parents de Jacynthe, à Sainte-Anne-du-Lac, dans la MRC d'Antoine-Labelle.

Tous deux originaires des Hautes-Laurentides, Daniel et Jacinthe ont fondé une ferme sans sol. En achetant les grains, la paille et le foin, ils ont eu, au fil des années, des fourrages de qualité variable. La ferme Jada Jerseys compte maintenant sur trois ou quatre fournisseurs stables. Les fumiers sont épandus sur les terres de Yoland et de Renzo, respectivement père et oncle de Jacinthe, moyennant l’emprunt occasionnel d’un tracteur.

Comme 63 % des jeunes de la relève ayant démarré en agriculture, Daniel Poulin travaille à l’extérieur de l’entreprise. Son emploi à temps partiel comme inséminateur du Centre d’insémination artificielle du Québec lui permet de générer un revenu familial.

 

Une race sur mesure

La ferme a choisi la race Jersey. Ni les parents de Jacinthe ni ceux de Daniel n’élevaient cette petite vache sympathique. Or, son taux de gras laitier exceptionnel, ses rejets de phosphore moindres et sa carrure menue, parfaite pour les étables vieillissantes, ont fait de la Jersey la race toute désignée pour le projet d’établissement.

Pour Gaétan Lefebvre, ingénieur du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) à Mont-Laurier, Jacinthe Bilodeau et Daniel Poulin ont tout des self-made women et self-made men, ces gens qui doivent surtout à eux-mêmes leur réussite. Pas étonnant qu’ils aient remporté le prix Draveur agroalimentaire dans leur région en novembre 2017, lors du 19e Gala des Draveurs. En 2015, c’est le prix Éleveur émérite qu’ils ont reçu, de la part de Jersey Canada. La ferme se classe régulièrement dans le palmarès des 20 meilleures entreprises pour l’IPV (indice de performance à vie) au Canada dans la race Jersey.​

 

Sans sol, sans rentabilité?

Produire sans sol et sans machinerie, est-ce rentable? « On vit avec les revenus qui entrent », répond Jacinthe. « Ça n’a jamais été aussi bien depuis notre démarrage, il y a 10 ans, renchérit Daniel. Dans cinq ans, nous aurons fini de rembourser notre prêt principal et nous serons prêts pour une autre étape du développement de l’entreprise : l’achat de l’étable dans laquelle nous sommes présentement. »

Mais même lorsqu’ils seront propriétaires terriens, Jacinthe et Daniel comptent faire cultiver leurs sols à forfait, car ils n’aiment pas l’idée de posséder de la machinerie – encore moins de l’entretenir!

Dix ans après leur démarrage et malgré les embûches, Jacinthe et Daniel demeurent heureux de leur choix de vie, motivés et appliqués à réaliser leur devise: "Visons l'excellence".

Lire l’article complet dans l’édition d’octobre du Coopérateur.

Portrait de Étienne Gosselin

QUI EST ÉTIENNE GOSSELIN
Étienne collabore au Coopérateur depuis 2007. Agronome et détenteur d’une maîtrise en économie rurale, il œuvre comme pigiste dans la presse écrite et électronique. Il habite Stanbridge East, dans les Cantons-de-l’Est.

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