Ferme Ronier : techno dans le coeur, comptable dans la tête

par Stéphane Payette

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Ce qui frappe chez Jean-Nil Fournier ce sont ses outils de travail : un couteau de poche, des clefs et un téléphone intelligent. Ce dernier contient toute l’information dont il a besoin pour diriger son entreprise.

La ferme Ronier de Saint-Anaclet, près de Rimouski, carbure à la technologie. Les Fournier, Jean-Nil et son père Roger, misent sur les appareils électroniques pour rentabiliser leurs efforts. Ces objets doivent cependant prouver leur efficacité.

L’entreprise laitière et céréalière, logée près du fleuve, dans le Bas-Saint-Laurent, abrite quatre ordinateurs. Un pour les besoins du robot de traite et un second pour gérer le soigneur, la ventilation et les raclettes. Un autre est logé dans un des tracteurs utilisés sur la ferme et un dernier ajuste le débit du pulvérisateur. 

Quand Jean-Nil a pris la décision d’implanter un robot pour la traite des vaches, il n’a pas eu à convaincre son père. « Je lui ai dit t’es rendu là », exprime Roger. Le temps était venu en 2013 de prendre une décision : rénover le salon de traite ou moderniser l’étable en y installant un robot. Les chiffres ont fait la différence. « Je me suis assis avec ma calculatrice et la rentabilité était au rendez-vous », indique Jean-Nil. L’agriculteur de 38 ans a consulté ses experts-conseils Hubert Ruest et François Pedneault, du Centre de services de l’Est, pour s’assurer de ses calculs. « Juste en économie de moulée, je paie mon robot », indique Jean-Nil.

Un autre aspect est le dossier des ressources humaines. « Ce n’est pas simple de dénicher un bon employé. Une fois que c’est fait, tu dois t’assurer de le garder, de bien le rémunérer et de le former adéquatement. Il y un autre point. Les congés et les vacances. Le robot est toujours là », analyse Jean-Nil Fournier. « Ça coûte combien un bon employé? 35 000 $ par an? Alors le robot se paie en 10 ans », ajoute Roger.

Pour le jeune agriculteur, le travail effectué par la machine libère un temps précieux qui permet de mieux connaitre son troupeau. « Tu peux faire tellement plus d’observation. Le matin, j’ouvre mon téléphone avant d’aller à l’étable et je sais quelles vaches je dois venir voir. J’utilise mieux mes interventions. Si je dois m’occuper d’une vache qui ne va pas bien, c’est rentable pour moi. Celles qui vont bien n’ont pas besoin de moi », assure Jean-Nil.

Le végétal en mode informatique

Les champs sont eux aussi scrutés à la loupe, aux images satellites. Depuis trois ans, la ferme Ronier collabore avec le réseau La Coop pour mettre les cultures à l’ère numérique. Pour le moment, Jean-Nil engrange les informations comme les rendements des cartes qu’il compare avec des pesées. « C’est impressionnant de voir à quel point les données que me donne Alain [Brassard, spécialiste en agriculture de précision à La Coop fédérée] ressemblent aux chiffres que j’ai. »

Appuyé de l’ordinateur de son tracteur Fendt et de celui installé sur son pulvérisateur, il a commencé à appliquer des pesticides à doses variables. En 2015, les Fournier ont utilisé les services d’un hélicoptère pour appliquer des pesticides sur le canola. Une intervention qui a fasciné toute l’équipe. Ces opérations ont elles aussi un but économique. La rentabilité est incontournable. Ouvert à de nouveaux moyens d’établir l’efficience de ses investissements, Jean-Nil Fournier a commencé l’implantation d’Agriscan [un logiciel d’analyse des coûts de production] dans son système informatique.

Toutes ses nouveautés exigent une bonne connaissance et donneraient un mal de tête lancinant à plusieurs. Pour le principal intéressé, c’est une suite logique aux nombreux changements technologiques que la ferme a subis. « Je crois que c’est la nouvelle façon de gérer une ferme, dit-il. Avec tous ces nouveaux outils, je dois m’adapter. Je sais que je ne peux pas être expert en tout. Les champs de compétence sont trop larges. Quand je suis sorti de l’école, un cours de mécanique, c’était un bon atout. Avec de bonnes pinces et de bonnes clefs, on se débrouillait. Ce n’est plus ça. Un jeune qui étudie l’agriculture doit aussi savoir se débrouiller avec les ordinateurs. Ma job a changé. Aujourd’hui, je dois être capable d’évaluer le travail qui est fait chez nous. Autant la soudure que les recommandations de nos agronomes. Dans mes champs, je mets ce que me dicte mon conseillé. Je dois m’assurer que ce qu’il me recommande sera la bonne affaire. »

Avec de bons outils informatiques, les Fournier opèrent à trois une ferme de 110 têtes et de 235 hectares. Jean-Nil, son père Roger, tous deux propriétaires de la ferme, et le frère de Roger, Raoul. Les actionnaires sont appuyés par leurs épouses, Raymonde Vignola (mère de Jean-Nil), enseignante à la retraite, et Isabelle Pelletier, l’épouse de Jean-Nil, actuellement enseignante. Le couple Pelletier-Fournier a trois enfants, Jacob (11 ans), Aima (9 ans) et Xavier (7 ans). Une relève qui risque de baigner dans l’informatique. « Le "nec plus ultra" c'est quand la technologie est au service du bon temps passé en famille », conclut Jean-Nil.

Vous pouvez lire l'article complet dans la version imprimée du Coopérateur, édition de janvier 2016, à la page 40, ou en cliquant ici.


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Portrait de Stéphane Payette

QUI EST STÉPHANE PAYETTE
Membre de l'Ordre des technologues du Québec, Stéphane est expert-conseil en productions végétales à La Coop Profid'Or.Il est également journaliste à la pige pour le Coopérateur.

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