Faire du lait : Transférer une grande entreprise

par Patrick Dupuis

Photo : Claude Lavoie, Les Entreprises Lavoie, Saint-Isidore, Alberta

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DOSSIER : FAIRE DU LAIT, 3 PROVINCES, 3 PRODUCTEURS, 3 POINTS DE VUE
 

Des propriétaires de grands troupeaux laitiers du Québec, de l’Ontario et de l’Alberta nous font partager leur vision de la croissance de leur entreprise et de l’avenir de la production laitière au pays.

Transférer une grande entreprise

Les trois producteurs s’accordent sur le fait que la croissance de leur entreprise est un bon moyen d’en préparer le transfert. Elle permet à tous, cédants et relève, d’en vivre.

« Les grosses fermes sont plus sexys à transférer, croit Jérémie Pittet, propriétaire de 20 % de l’entreprise depuis 2012. Elles offrent aux jeunes une foule de possibilités de s’épanouir dans divers projets et sphères d’activité. Je gère la machinerie, les champs, la construction du nouveau bâtiment, les équipes de travail. Mon père s’est accompli, je le peux aussi. » Même constat chez Nick Thurler. Ses fils possèdent chacun une part de l’entreprise depuis l’an dernier.

Mais un transfert, ça se prépare. Avant que la Ferme Pittet ne cède une part à Jérémie, il y a eu cinq ans de franches discussions avec le CRÉA. Et c’est davantage une association qu’un transfert.

En fin gestionnaire, Richard s’est également entouré de professionnels en développement d’entreprises pour faciliter cette démarche déterminante. Puis, la ferme s’est dotée d’une mission : prospérer dans l’industrie laitière, tout en demeurant une force économique régionale et un employeur de choix.

Pourtant, le cliché a longtemps duré : la grande entreprise n’est pas transférable. « On nous a accusés d’être les responsables de la fin du modèle de la ferme familiale, lance Alphonse Pittet. Ce n’est pas du tout ça qui s’est passé. Au contraire, on a inventé le modèle d’une entreprise dotée d’une vision pour aller vers plus grand. »

L’Alberta, où les fermes sont en moyenne plus grosses que dans le reste du Canada et où le prix du quota n’est pas plafonné, n’a pas nécessairement le modèle de l’avenir, d’après Claude, qui a beaucoup voyagé, au Québec notamment. « Au Québec [et dans les autres provinces du P5], on voit le plafonnement du prix du quota comme une façon de faciliter le passage à l’autre génération. Il est plus difficile pour moi d’acheter la ferme de mon père à 36 000 $ le kilo plutôt qu’à 24 000 ou 25 000 $. »

Les jeunes de la relève ne disposent pas des liquidités nécessaires pour acquérir une très grande entreprise. Vendre celle-ci à la valeur marchande enrichira les cédants, mais étouffera la relève. La formule la plus simple, la plus sécurisante et la plus porteuse d’avenir pour les deux parties semble être que la relève verse une rente aux cédants.

Comme Claude Lavoie et Jérémie Pittet, Robert et Michel Thurler ont l’ambition de faire croître leur entreprise. On agrandira l’étable actuelle en 2016 pour accueillir plus de têtes. À plus long terme, les Thurler en construiront une autre plus vaste, dotée d’un plus gros salon de traite. D’ici 10 ans, on vise 700 ou 800 kg, afin de favoriser encore davantage les économies de taille.

Pour Alphonse Pittet, les défis des jeunes de la nouvelle génération sont de connaître, de comprendre et de s’engager, car l’ignorance leur coûtera cher. Règlements, économie, politique, on ne peut plus rien laisser pour compte. « J’ai confiance, dit-il. Les jeunes sont allumés. C’est une beauté de voir ça! »

Vous pouvez lire le dossier complet dans l'édition de février 2016 du magazine Coopérateur.


 

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Portrait de Patrick Dupuis

QUI EST PATRICK DUPUIS
Patrick est rédacteur en chef adjoint au magazine Coopérateur. Agronome diplômé de l’Université McGill, il possède également une formation en publicité et en développement durable. Il travaille au Coopérateur depuis plus de vingt ans.

patrick.dupuis@lacoop.coop

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