Faire du lait : Quota et gestion de l'offre

par Patrick Dupuis

Photo : Jérémie et Alphonse Pittet, propriétaires de la Ferme Pittet

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DOSSIER : FAIRE DU LAIT, 3 PROVINCES, 3 PRODUCTEURS, 3 POINTS DE VUE

Des propriétaires de grands troupeaux laitiers du Québec, de l’Ontario et de l’Alberta nous font partager leur vision de la croissance de leur entreprise et de l’avenir de la production laitière au pays.

Quota et gestion de l’offre

Malmenée, la gestion de l’offre tient le coup. Comment en voit-on l’évolution? Pourrait-on survivre sans elle?

Les trois producteurs interviewés sont unanimes : il faut la défendre. Selon les Lavoie, les bons revenus que génère ce système leur permettent entre autres de bien entretenir leur troupeau, de produire un lait de très haute qualité et d’investir dans le bien-être animal, un enjeu crucial dans les années à venir.

Alphonse Pittet défend la gestion de l’offre, mais sans optimisme pour sa survie à long terme. « Je ne gagerais pas que Jérémie finira sa carrière avec ce système, dit-il. Gestion de l’offre ou pas, il y aura d’autres modèles. »

« C’est le meilleur système au monde », croit Nick Thurler. C’est aussi l’avis de ses fils, Robert, 29 ans, et Michel, 24 ans. « Cela dit, il faut le faire évoluer. »

« Les producteurs devraient savoir six mois à l’avance que le système aura besoin de lait, indique l’éleveur ontarien. Ils pourraient ainsi garder plus de vaches pour combler cette demande. Il manque de lait et de quota dans le système. On fournit les classes les mieux payées, mais on néglige celles qui le sont moins. C’est pourquoi on peine à combler la forte augmentation de consommation de beurre qu’on connaît actuellement. »

Le producteur dit du même souffle que le prix du lait au Canada a augmenté trop rapidement au cours des 10 dernières années. Il faudrait le plafonner et ne pas l’augmenter plus que l’inflation. « À 75 ou 78 ¢, tout le monde peut en vivre », croit l’éleveur de South Mountain.

« Pour améliorer le système, on peut penser à des fusions de fermes, à des fermes de groupe, indique Jérémie Pittet. Mais on ne peut pas actuellement assimiler une autre ferme et son quota. Cela dit, favoriser le démarrage de nouvelles entreprises avec des prêts de quota n’est pas une bonne idée. Il y a déjà tellement de bonnes fermes à transférer. Et la rareté du quota limite la croissance des entreprises. »

« Conserver la gestion de l’offre pour maintenir le prix élevé est une erreur, estime Alphonse Pittet. On ne peut pas être les seuls au monde avec un prix élevé. On vit dans un grand village. Mais si le lait tombe au prix mondial, c’est exit la gestion de l’offre. »

Le prix du quota est-il une embûche pour les producteurs interviewés? À près de 36 000 $ le kilo en Alberta au moment où l’on écrit ces lignes, ce prix freine-t-il la croissance des fermes laitières?

« Celui qui a de l’argent peut grossir sans problème, indique Claude Lavoie. Le quota est disponible. Les producteurs s’entendent entre eux sur le prix à payer. » Perception générationnelle. Pour Richard, son père, le prix est un obstacle.

Jérémie Pittet voit d’un bon œil le plafonnement, qui permet d’éviter la spéculation et la surenchère. En revanche, il limite la croissance des entreprises.

Nick Thurler, lui, préfèrerait un système non plafonné. « Plus tu es efficace, plus tu peux payer pour le quota », dit-il.

Vous pouvez lire le dossier complet dans l'édition de février 2016 du magazine Coopérateur.


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Portrait de Patrick Dupuis

QUI EST PATRICK DUPUIS
Patrick est rédacteur en chef adjoint au magazine Coopérateur. Agronome diplômé de l’Université McGill, il possède également une formation en publicité et en développement durable. Il travaille au Coopérateur depuis plus de vingt ans.

patrick.dupuis@lacoop.coop

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