Faire du lait : Ingrédients laitiers

par Patrick Dupuis

Photo : Nick Thurler (au centre) et ses fils, Michel et Robert, South Mountain, Ontario

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DOSSIER : FAIRE DU LAIT, 3 PROVINCES, 3 PRODUCTEURS, 3 POINTS DE VUE
 

Des propriétaires de grands troupeaux laitiers du Québec, de l’Ontario et de l’Alberta nous font partager leur vision de la croissance de leur entreprise et de l’avenir de la production laitière au pays.

Ingrédients laitiers

Pour tarir l’entrée de concentrés protéiques en provenance des États-Unis, les Producteurs laitiers de l’Ontario (DFO) ont pris le taureau par les cornes.

Leur stratégie, lancée en octobre, favorise la modernisation des infrastructures des transformateurs et vise à placer les ingrédients laitiers canadiens dans une position plus concurrentielle, afin d’en favoriser l’usage sur le marché intérieur1. En bref, il s’agirait de faire au Canada les concentrés protéiques que les transformateurs achètent aux États-Unis. Cette stratégie permettrait également d’accroître la compétitivité de la gestion de l’offre, estime l’organisme ontarien.

Les DFO avaient alors déposé une demande auprès de la Commission de commercialisation des produits agricoles de l’Ontario afin de créer, à compter du 1er février 2016, une nouvelle classe pour produire ces concentrés protéiques. Le prix de ceux-ci serait concurrentiel par rapport au prix mondial.

Des négociations pour en arriver à une entente à ce chapitre ont pris fin, sans succès, le 5 février dernier. Elles se poursuivront sans doute sous peu.

Nick Thurler siège au conseil d’administration des DFO. Selon lui, leur décision est la réponse à une situation chaotique qui a déjà trop duré. « Cela fait une dizaine d’années qu’on essaie d’avoir une stratégie nationale des ingrédients, dit-il. Si une entente nationale n’est pas conclue d’ici la date butoir, repousser cette fois au 1er avril, les DFO feront cavalier seul. »

« Les DFO se font regarder de travers, mais ils ont bien fait de soulever ce problème, dit Alphonse Pittet. Ils sont courageux. Ils nous ont sortis de notre état de somnolence devant ce phénomène d’importation. »

Pour Claude Lavoie et Alphonse Pittet, l’entrée de concentrés protéiques au pays est une déchirure de plus dans le système de gestion de l’offre. Petit à petit, elle contribue à son démantèlement.

Le Canada est un exportateur net. Fermer la frontière pour éviter l’entrée de produits provenant des États-Unis ou d’ailleurs dans le monde est impensable, croient en revanche les éleveurs rencontrés.

Le Partenariat transpacifique (PTP) et l’Accord économique et commercial global sèment l’inquiétude chez nombre de producteurs au pays. « Des entreprises quitteront les rangs de la production laitière, dit Richard Lavoie, mais nombreuses sont celles qui s’en sortiront. »

« Ce n’est pas ce qu’on souhaite, mais les Entreprises Lavoie pourraient fonctionner sans gestion de l’offre et avec un prix du lait nettement moindre, ajoute Claude Lavoie. Il faudrait cependant revoir nos façons de faire. Utiliser moins de machinerie, entre autres. »

Les Pittet estiment qu’ils pourraient s’en tirer au prix mondial, mais avouent ne pas être prêts à y faire face à court terme. L’endettement de leur entreprise est trop élevé.

Les trois éleveurs s’entendent pour dire que l’abandon de la gestion de l’offre ne sonnerait pas la fin de la production au pays. Mais il y aurait crise, oui. « Les plus performants trouveront leur place », croit Alphonse Pittet.

1 Milk Producer, novembre 2015.

 
Portrait de Patrick Dupuis

QUI EST PATRICK DUPUIS
Patrick est rédacteur en chef adjoint au magazine Coopérateur. Agronome diplômé de l’Université McGill, il possède également une formation en publicité et en développement durable. Il travaille au Coopérateur depuis plus de vingt ans.

patrick.dupuis@lacoop.coop

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