Destrijker, cet aviculteur en cavale!

par Étienne Gosselin

Photo : Emmanuel Destrijker, ici en compagnie d’Éric Dion, agronome spécialisé dans la ponte commerciale à La Coop fédérée, mise sur l’autonomie de ses employés et la confiance qu’il leur porte. Et il sait les rendre fiers et efficaces.

D’Hawaï, de Kyoto ou d’Ottawa, Emmanuel Destrijker exploite son entreprise à distance 150 jours par année. Défis et possibilités de l’élevage à distance dans une ferme gérée par un aviculteur assumant de nombreuses fonctions, au pays comme à l’étranger.

Une journée sur deux ou presque, Emmanuel Destrijker dirige son exploitation à distance. La Ferme Hellebecq, qui fait l’élevage de 110 000 poulettes et de 25 600 poules pondeuses et est membre de Avantis Coopérative, est donc gérée virtuellement par un gestionnaire bien réel. « Au moyen de ma tablette, j’ai accès aux résultats techniques, aux classements d’œufs et aux paramètres d’élevage en temps réel – températures, ventilation, consommations d’eau et de moulée. »

La gestion du temps et des ressources humaines est devenue une seconde nature chez cet homme, qui occupe des postes clés depuis son passage, de 2003 à 2005, à la présidence de la Fédération de la relève agricole du Québec. De 2007 à 2013, c’est aux Éleveurs de poulettes du Québec et du Canada qu’Emmanuel a consacré son énergie, pour ensuite épouser la cause de la Fédération des producteurs d’œufs du Québec (à partir d’avril 2015). L’aviculteur représente maintenant ses pairs au sein du comité exécutif des Producteurs d’œufs du Canada et participe aux activités de la Commission internationale des œufs.

Malgré toutes ses occupations, il se garde de nombreuses plages horaires pour sa famille. Quand il se trouve dans les Bois-Francs, le père soutient sa fille, Maude, 16 ans, dans ses études et ses multiples activités parascolaires. Il arrive à tracer une frontière entre l’entreprise et sa vie familiale, qu’il soit à la maison (à un kilomètre des poulaillers) ou en Floride (où se trouve sa résidence secondaire).

Pour ce chef d’entreprise originaire de Belgique, gérer à distance n’engendre pas d’inconvénients, bien au contraire. Quand tout est clair – responsabilités, objectifs, attentes – et que l’honnêteté et la transparence sont au rendez-vous, l’atteinte de bons résultats est plus simple. « Je compte sur des employés qui ne travaillent pas pour moi, mais avec moi », lance l’aviculteur, diplômé en gestion agricole du cégep de Victoriaville, qui prodigue en outre quatre conseils :

 

1) Faire confiance. « S’il y a des caméras, accessibles aux employés comme à moi-même, elles ne sont pas là pour les surveiller, mais pour me ramener virtuellement dans les murs de l’entreprise – on utilise parfois la visioconférence pour régler des problèmes ou constater des situations. Je laisse beaucoup de latitude à Pedro Garzon, attitré aux poulettes, et à Paul Beauchesne, affecté aux pondeuses. Si je fournis des téléphones, j’exige qu’ils soient ouverts durant les heures de travail, sans plus. »

 

2) Miser sur l’autonomie. « Je suis invisible dans l’entreprise. J’accepte que, pour un même résultat, le travail ne soit pas fait à ma façon. Les employés ne passent pas leur temps à valider leurs actions auprès de moi. Ils ont carte blanche, notamment avec les fournisseurs. J’ai fait imprimer des cartes de visite à Paul et à Pedro. Ainsi, ils se sentent investis de leur responsabilité : assurer le roulement en mon absence. Pour tout projet de moins de 1000 $, ils ont pleine liberté. Cela rend mes employés fiers, impliqués, axés sur les résultats. »

 

3) Demeurer organisé. « Dans le bâtiment d’élevage et dans le poulailler de ponte, j’utilise deux calendriers papier qui permettent aux employés de prévoir mes absences. Pareillement, toutes les entrées dans mon calendrier électronique sont automatiquement partagées avec mon épouse, pour mieux planifier notre vie familiale. »

 

4) Reconnaître les efforts. « J’offre des conditions salariales plus que compétitives. Je fournis les vêtements et les chaussures, et je reconnais annuellement la contribution de mes employés au succès de l’entreprise. C’est le prix à payer pour avoir une stabilité des ressources humaines. »

 

Distante proximité

Depuis son téléphone multifonction, le Plessisvillois contrôle son univers. Ses relations d’affaires interentreprises, Emmanuel les veut simples, efficaces et rapides. Ne cherchez pas des factures et des états de compte épars sur son bureau : ils arrivent par courriel ou par le portail connecté de La Coop. L’éleveur les paye électroniquement. À quand les silos connectés? Les commandes de moulée par texto? Les robots capables de détecter les oiseaux malades ou de ramasser les carcasses?

Emmanuel Destrijker privilégie les relations interpersonnelles et évite les relations transactionnelles inutiles. Citons par exemple sa relation avec son expert-conseil avicole, Éric Dion. Quand cet agronome de La Coop fédérée rencontre Emmanuel, les conversations s’orientent vers les nouveautés dans les salons d’exposition, les résultats de recherche, les pratiques gagnantes, les échos de l’industrie. Les menus détails (comme les modifications nutritionnelles en fonction de la ponte) sont laissés aux employés, qui traitent eux-mêmes avec Éric.

« J’ai tout fait dans l’entreprise, raconte Emmanuel : collecté les œufs, fait la tournée d’inspection, sorti le fumier. Aujourd’hui, je suis plus utile à penser le devenir de la ferme qu’à m’y investir au quotidien. »

Portrait de Étienne Gosselin

QUI EST ÉTIENNE GOSSELIN
Étienne collabore au Coopérateur depuis 2007. Agronome et détenteur d’une maîtrise en économie rurale, il œuvre comme pigiste dans la presse écrite et électronique. Il habite Stanbridge East, dans les Cantons-de-l’Est.

2 Commentaires

  1. Félicitation M. Destrijker Je suis très fier de voir votre cheminement. Pour vous rappeler qui je suis, je suis un des inspecteurs avicoles de l'ACIA qui vous a côtoyé. Ce fut toujours agréable de vous rencontrer. Votre accueil, votre écoute et votre vision étant toujours au rendez-vous. Toutes mes Slutations
  2. Mon commentaire indique que j'ai rencontré antérieurement M. Destrijker. Alors j'avais en tête Félix Destrijker soit le père d'Emmanuel. Merci d'apporter la correction