Chez les Van Winden, la laitue est techno

par Patrick Dupuis

Un robot sarcleur sillonne les terres des productions horticoles Van Winden. Dur pour les mauvaises herbes, doux pour les cultures.

La haute technologie s’est infiltrée dans toutes les sphères d’activité de cette entreprise maraîchère : informatisation, traçabilité, mise au point de semences, irrigation de précision et, tout récemment, robotisation.

Plus de 85 % du sarclage des laitues qu’elle cultive – et qui trouvent preneur, en bonne partie, dans les chaînes de restauration rapide du sud de la frontière – se fait à l’aide d’un robot.

Branché sur la prise de force d’un tracteur, cet appareil, doté d’un logiciel, d’une caméra HD et d’un système d’éclairage DEL, peut faire la distinction entre une laitue et une mauvaise herbe. Il reconnaît leur forme, leur couleur et leur emplacement. Lorsqu’il détecte une adventice, il active ses couteaux pour la sectionner au ras du sol, laissant les laitues indemnes.

« Mais attention ! » prévient Denys Van Winden, propriétaire de l’entreprise de Sherrington, au sud de Montréal. « Avec la robotisation, on ne rentre pas une machine dans les rangs de salades pour la regarder travailler les deux bras croisés. »

Le producteur a revu toutes ses façons de faire, et ce, depuis le semis. Comme dans une étable où l’on installe un robot de traite, plus rien n’est pensé comme avant.

DANS LA PÉPINIÈRE

Denys a délaissé la production en multicellules (la racine des plants s’abîme lorsqu’on les retire pour les mettre en terre) au profit des transplants en mottes cubiques. La motte cubique, faite de tourbe et de terre noire compressée, soutient le plant et lui donne de la vigueur. « En pépinière, les conditions de culture – eau, température, éléments nutritifs – sont idéales », assure le maraîcher.

Après 15 jours, la laitue en mottes est prête à aller au champ. Le lit de semences aura été préalablement débarrassé des micro-mauvaises herbes à l’aide d’un brûleur à gaz ou de gramoxone; c’est ce qu’on appelle le faux semis. Lorsque le plant de laitue est mis en terre, il y est roi et maître. Les laitues sont récoltées 35 jours plus tard.

« Nous avons sensibilisé nos planteurs à l’importance de semer les plants exactement au bon endroit, de façon à faciliter le travail du robot et la récolte », indique Denys. La variabilité est maintenant chose du passé, ou presque. Résultat : les rendements à l’hectare ont augmenté.

Dix jours après la plantation, le robot effectue deux passages pour éliminer les repousses de mauvaises herbes. Des ouvriers enlèveront ensuite manuellement, en un seul passage, les quelques mauvaises herbes restantes. « Avant le robot, ils devaient passer trois ou quatre fois », précise Denys.

DES ÉCONOMIES

Si le maraîcher de Sherrington s’est doté d’un robot, c’est d’abord pour réduire sa masse salariale, qui gonflait d’année en année. « Il y a 25 ans, un ouvrier coûtait 7 $ l’heure, dit-il. Aujourd’hui, c’est 15 $. Quarante travailleurs qui désherbent, c’est 600 $ l’heure. C’est dur sur les revenus. » Calculs à l’appui, le robot a fait chuter ses coûts de désherbage manuel de 30%.

Denys ne cache pas que la première année d’essai a été difficile. L’an passé, son appareil a même été rapatrié aux Pays-Bas pour subir d’autres retouches. Outre quelques réglages inévitables lorsqu’il est en fonction, le robot est maintenant bien adapté au sarclage des laitues. Le producteur compte recouvrer son investissement en six ans.

Le dépistage est au cœur de la stratégie d’intervention de Denys et de son fils Marc, gestionnaire principal de la ferme. Ils travaillent depuis de nombreuses années avec le club d’encadrement technique Prisme.

Un dépisteur (employé de la ferme) parcourt les champs et note toute présence d’insectes et de maladies. Ses données permettent à Prisme de suggérer ou non un traitement. La Coop Unifrontières est également à leurs côtés, avec l’expertise de l’agronome Jarek Holoszkiewicz.

De plus, l’entreprise fait partie d’un pôle d’excellence en lutte intégrée qui rassemble à une même table des producteurs, des sociétés commerciales (semences, engrais, pesticides, machinerie) et des intervenants du monde municipal. On y discute des défis techniques de la lutte intégrée et de nouvelles technologies.

« Notre objectif, c’est d’être plus verts, plus rentables et de produire de la façon la plus efficace possible, dit Denys. On fait aussi des essais pour produire bio et favoriser la conservation des terres noires à l’aide de cultures de substitution qui redonnent de la fibre au sol et le décompacte. »

Voir la vidéo du robot Steketee à l'oeuvre.

Portrait de Patrick Dupuis

QUI EST PATRICK DUPUIS
Patrick est rédacteur en chef adjoint au magazine Coopérateur. Agronome diplômé de l’Université McGill, il possède également une formation en publicité et en développement durable. Il travaille au Coopérateur depuis plus de vingt ans.

patrick.dupuis@lacoop.coop

3 Commentaires